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9. Celui qui s’ouvrait

Escrivaillon 1

Je ne suis pas quelqu’un de parfait (je préfère préciser, je sens beaucoup de doute de ta part), et j’aime bien avoir l’impression de plaire. Je pense qu’après des journées pourries à Barcelone, et occupé à balader sa môman pendant deux semaines, Gonzalo aurait crushé sur n’importe qui.

Mais j’avais donc adopté une attitude pour le troubler : j’avais décidé d’être le mec cool et décontracté, débardeur aguicheur mais pas trop, et orientation sexuelle incertaine. Je sens là encore des doutes de ta part, mais je t’assure que peu de gens me comprennent gay au premier regard, à  moins de mettre la chanson Stop des Spice Girls en ma présence, ou que tu sois un garçon irrésistible, auquel cas mon regard risque de me trahir. Ce ne fut pas le cas avec mon non-sémillant Argentin.

Il essayait donc de me taper la discute, le soir dans la cuisine, pendant que sa maman attendait, seule, dans le salon. Et je le voyais au fur et à mesure lancer des conversations inutiles juste pour me faire rester dans la cuisine.

Alors il me parla de l’Argentine, et du fait que c’est un pays de communautés :

– Dans mon pays, la première question qu’on te pose, c’est de quelle communauté tu es. Par exemple moi je suis d’origine espagnole. D’autres sont d’origine italienne, d’autres asiatiques, ou juifs, mais même si on peut bien s’entendre, à la fin, on ne se mélange pas beaucoup.

– Ah ouais ? J’ai l’impression que c’est quelque chose de très américain, au final. C’est un peu la même chose au Canada ou aux Etats-Unis j’ai l’impression, et dans les autres pays de l’amérique Latine. L’origine reste importante. En France, les origines de tes grand-parents, on n’en a pas grand chose à faire. Le seul problème, pour certains, ce sont les origines non caucasiennes, et il y a malheureusement beaucoup de racisme en France.

– Et vous avez beaucoup de juifs à Paris ?

Je n’étais pas à l’aise sur ce sujet. L’été dernier, j’avais eu un Américain pro-Trump, alors pour ce genre de conversation, tu ne sais jamais ce que va te sortir la personne en face de toi.

– Euh… Je ne sais pas trop… A une époque, il y avait le quartier du Sentier, mais avec le développement d’internet, j’ai l’impression qu’il s’étiole.

– Je sortais avec un Juif avant.

– Ah si, il y a un autre quartier juif, vers la rue du Rosier, mais je n’y vais que rarement. Il y a de bons falafels… Il y a même un restaurant dans lequel a mangé Lenny Kravitz, mais il faut toujours attendre une heure pour manger !

J’avais continué ma réponse, sans réagir au fait qu’il me faisait son coming-out. Le pauvre ne savait plus quoi dire. Alors il me parla des communautés juives en Argentine, puis finit par embrayer sur son ex (au cas où je n’aurais pas compris).
Sa soupe de vermicelles avait fini de réchauffer, était servie en deux bols qui commençaient à présent à refroidir.

– Il était très modéré dans sa pratique mais pour sa famille, il ne pouvait pas être avec moi parce que je suis catholique.

– Ah, c’est dommage.

– Je l’aimais beaucoup, ajouta-t-il en prenant les bols de soupe pour les amener dans la salle ou sa mère attendait depuis facilement 40 minutes.

Ok, j’avoue qu’il avait gagné ma sympathie, mais ne sachant pas quoi répondre, je sortis une platitude avec un sourire qui valait une tape sur l’épaule :

– Bah, on peut pas forcément gagner la loterie du premier coup, tu en trouveras d’autres !

 

  1. Scheick_That Scheick_That

    J’avoue vous avoir suivi un peu au hasard sur Twitter mais je découvre que vous avez un vrai don pour l’écriture !

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