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10. How I Met mon prochain courtisan

Escrivaillon 2

Nous sommes le 13 août dernier et je suis en Angleterre.

Cela fait 3 jours que je fais pipi dans de la sciure, que je suis constamment alcoolisé du matin au soir, et je me nourris de crumpets Sainsbury avec des boîtes de pâté Nanaff. Si toi aussi, tu as déjà vécu des festivals, tu connais la rengaine.

Ce matin, à 8h, on était encore faiblement vaillant, et depuis les hauteurs surplombant les décors du festival et les milliers de tentes colorées qui pointillaient les champs environnant, on a écouté une femme jouer de la harpe, accompagnée de beuglements de soûlards qui ne nous laissent pas apprécier cet instant qui pourrait être si beau. Alors nous sommes rentrés, cahin-caha, exténués, toujours saoûls, dans nos costumes foutrasques, colorés, et aux led éteintes. Pour enfin dormir. Juste quelques heures, avant la dernière journée.

C’est fou comme quelques heures de sommeil peuvent vous requinquer et vous laisser prêt à affronter une nouvelle journée d’excès. Mais ce jour là, j’ai décidé de le passer seul. Parce que mes comparses, déjà, mettent 3 heures à se préparer, et je déteste l’inaction. Mais aussi parce que j’ai l’impression de ne pas avoir vu l’étendue de ce que ce festival, Boomtown, peut m’apporter. Des concerts, oui, il y en a partout. Les décors de cinéma, on passe forcément dedans. Mais ces indices, disséminés çà et là… Où peuvent-ils mener ?

L’un des acteurs de la fausse banque, avant hier, m’avait donné un diamant (en plastique), en me disant « tu devrais aller voir les pirates avec ».

Le festival, en plus d’avoir de nombreux concerts de tous styles, crée en effet un monde scénarisé, avec une histoire se déroulant le temps de l’évènement. Le monde est le suivant : Les industries Bang Hai menacent par leur capitalisme agressif de réduire les différents quartiers de Boomtown en esclavage. La gentrification menace le quartier de Old Town, le quartier chic de Mayfair ne vit que pour amasser plus d’argent, tandis que la résistance s’installe à Chinatown et à Barrio Loco.

C’est ainsi que je déambule, dans les décors d’une vieille ville portuaire. Des artistes jonglent et crachent du feu et dans différentes petites salles, des concerts de country et de rock embrasent les festivaliers tenant leurs pintes à la main. Je vois soudain une maison, dans laquelle plusieurs pirates jouent une partie de dés aux règles incompréhensibles. Après leur avoir donné le mot de passe de la résistance, ils m’expliquent quelle est ma mission : je dois retourner dans le passé pour trouver des preuves que Bang Hai a en réalité usurpé les actes de propriété de Boomtown. Je m’élance donc, une bière à la main, dans le quartier Wild West, au milieu des saloons, des chevaux et des prostituées. Puis de là, je pars à Mayfair, apporter les preuves aux journalistes. D’une étape à une autre, je traverse les différents quartiers, seul, m’arrêtant au passage pour écouter quelques concerts, reprendre une bière, ou me demander si vraiment je devrais dépenser 25 euros dans une veste sans manche mais à paillettes… Le but de cette histoire : libérer un virus dans les ordinateurs de Bang Hai afin d’éviter un futur à la Mad Max, le DSTRKT 5 avec ses robots géants et sa hardcore techno (c’était chouette).

J’ai rejoint mes amis au campement à la nuit tombée, ils voulaient aller au concert de M.I.A. mais sur les conseils de @Vikler, je savais que ça n’allait pas vraiment valoir le coup en live. Alors je suis reparti de mon côté, seul encore, pour trouver des petits concerts inattendus. Oui, oui, t’inquiète… On arrive presque à l’intérêt de ce billet !

Me voilà dans une grange, la cigarette dans une main, la bière dans l’autre, à danser sur du pop-rock anglais endiablé. Et après une bonne heure, un sourire. Un anglais aux yeux rieurs et doux qui me regardent, il n’arrête pas. Puis il se lance.

« Tu passes un bon moment ? »

« Oui, et toi ? »

« Aussi »

« Cool »

 

Bon, je vais te passer les lenteurs liées à la timidité et les banalités d’une rencontre de festival.

Daniel (prononcez le avec l’accent anglophone, sinon ça fait quiche, merci), c’est le gars qui a passé plusieurs années à voyager en sac à dos, vivotant de petits boulots sur place, les cheveux blonds et au vent, qui fume des roulées et croit en une énergie qui nous relie tous… Bref, Daniel, c’est le mec roots et cool et sensible, qui peut tuer un crocodile avec une capsule de bière, et te chanter une berceuse en aborigène pendant que tu regardes le feu qu’il a allumé, avec une griffe de lion et un morceau de bois vert…

On s’est embrassé, mais notre bonheur, hélas, fut de courte durée. Peu avant minuit, je l’ai laissé à la grange : « Oh Daniel ! je dois partir, je dois retrouver mes amis pour le feu d’artifice… A minuit il sera trop tard ! »

Alors on s’est échangé nos numéros et nous ne nous sommes plus revus.

Mais on s’est envoyé des messages.

Autant te dire qu’en août, au retour d’Angleterre, la passion nous dévorait « Oh, oui, viens me retrouver à Paris ! Tu ne connais pas la ville ? Diantre, je t’emmènerai voir la Tour Eiffel et le Louvre et nous pourrons enfin apprendre à nous connaître ! »

Et puis les semaines sont passées.

On ne s’est plus parlé.

Et puis au mois de janvier il a repris contact : « Je ne suis que travail en ce moment, mais ce qui me fait tenir, c’est l’espoir de te revoir »

Ah ? Oui, enfin bon… Tu sais il faut avoir d’autres moteurs dans la vie, hein…

« Si je viens à Paris, tu serais toujours prêt à me faire visiter ? »

Ah oui, clairement, il y a tellement de trucs à faire, et j’adore les musées !

« Ma mère m’a offert des billets pour venir te voir. J’ai tellement hâte de passer mes nuits contre toi, et de passer des soirées dans le canapés avec toi, devant un bon film… Tu m’as tellement manqué ! »

Euh… Ben, euh, c’est gentil, mais tu sais, je…

Bref. Il arrive demain.

    • Escrivaillon Escrivaillon

      On ressent suffisamment l’ambiance festoche ?

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