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11. Le Pouvoir des Trois

Escrivaillon 2

Le dernier soir avant le départ de  Gonzalo, j’avais fait monter un peu la pression, toujours en débardeur mettant en avant mes tout petits muscles. A la base, j’étais juste allé dans la cuisine pour me faire du thé, mais en entendant ma porte il s’était élancé dans la cuisine « Oh, quelle coïncidence ! Je voulais aussi me faire un thé ».

Alors nous avons discuté de musique et de politique et de société.

« Le monde sera plus beau le jour où il n’y aura plus qu’un seul Etat » finit-il par lâcher, plein d’espoir. Une telle naïveté me donnait envie de boire ou de m’allumer une cigarette, pour accompagner mon analyse sociologique sur la dynamique des groupes, et des identités qui empêcherait une telle utopie de se produire.

Nous parlions depuis une heure et le thé était terminé depuis longtemps, alors j’ai sorti 2 verres à shot et la bouteille de gin.

Il me regarda, un peu décontenancé, et peu habitué à boire du gin pur. Je le vis à sa grimace en buvant.

« Tu en veux un autre ? »

« Euh non, je n’ai pas envie d’être saoûl…. » me répondit-il, avant d’ajouter en me regardant remplir mon verre, « mais toi, tu as envie d’être saoûl ? »
Je regardai son visage, éclairé par la lumière jaune et chaleureuse de la cuisine, et toutes les courbes qui le formaient… Non, je crois que même en finissant la bouteille de gin, rien n’aurait pu se passer.

Nous continuâmes à parler jusqu’à ce que les horloges sonnassent 1 heure du matin (enfin virtuellement, je n’ai pas vraiment d’horloge à balancier), et je lui souhaitai une bonne nuit.

Je n’allais clairement pas tout quitter et partir à Buenos Aires pour le rejoindre dans une élan enflammé.

 

Du côté de Brad, depuis qu’il m’avait regardé lors du cours de Body Poump je ne savais pas quelle attitude adopter. Comment garder cette attention ?

La lecture d’un vieux magazine féminin qui traînait dans le salon (mais non, un magazine de ma coloc, voyons !) fut ma salvation : la réponse était dans cet article sur comment éviter les relations toxiques. Les gens ont des névroses de l’enfance qui leur font répéter les mêmes schémas. Et qui n’a pas une petite névrose d’abandon ou d’insécurité ? Le plus simple, maintenant qu’il m’avait regardé et identifié, était de disparaître pour qu’il me cherche ! Cela marcherait tellement mieux que plusieurs lundis d’affilée à ne pas se parler… Sûrement il remarquerait mon absence !

 

Enfin, il restait donc Daniel, le nature-lover qui sait  masser et lire les énergies.
Comme je te le disais hier, au fur et à mesure des mois, je l’avais oublié, mais depuis que sa maman lui avait offert, pour son anniversaire, les billets de train pour venir me retrouver, il m’envoyait force textos.

« Alors bien dormi ? »

« Tu as prévu quoi aujourd’hui ? »

« Tu as passé une bonne journée hier ? Tu as fait quoi ? »

Si bien que ce qui aurait pu être des retrouvailles sympas devenait source d’angoisse. Quel intérêt d’imposer ces interactions de relation sentimentale alors que nous ne nous étions vu qu’une heure ou deux, enivrés par l’alcool et la musique ? Chacun de ses messages m’effrayait et semblait me convaincre que rien de bien ne pouvait se produire.

Au « mieux », nous tomberions follement amoureux : sauf que je déteste l’angleterre, les haricots, et faire mes courses à Sainsbury’s, donc m’installer là-bas : bof bof. L’idée d’une relation à distance n’avait pas plus d’intérêt. Et puis soyons sérieux, les anglais vieillissent mal ! Même s’il était encore charmant il y a 8 mois, d’un seul coup, il ressemblerait au chauve et gros prince William…

Au pire : il serait malheureux. Visiblement, depuis l’été dernier, il m’avait fantasmé et mis sur un piédestal. Il se l’était promis : une fois qu’il aurait avancé professionnellement, il viendrait enfin me visiter, récompense marquant l’accomplissement d’un dur labeur.
Sauf que je ne suis pas la version qu’il a construite mois après mois.

Depuis 2 semaines, cela m’obsédait (et c’est sans doute pour cela que j’étais un peu moins obnubilé par Brad). Je ne pouvais plus faire machine arrière et lui dire de se trouver un hôtel. Venir me rejoindre était son putain de cadeau d’anniversaire (que j’ai oublié de lui souhaiter, lundi). Alors je n’avais plus qu’à souffler un bon coup, me libérer de toutes ces attentes et de cette pression qu’il m’imposait sans forcément s’en rendre compte… Il y avait suffisamment de choses à voir à Paris, et face aux bonnes personnes, je suis capable de maintenir entrain et conversation pour tenir plusieurs jours à deux.

A 17h45 je serais à la Gare du Nord, l’attendant aux arrivées Eurostar.

« C’est tellement romantique » m’avait-il répondu quand je lui avais dit où je l’attendrais.

Comment réagir quand un Poetic Lover te fait la cour et que tu es bien plus terre à terre?

 

    • Escrivaillon Escrivaillon

      Attends encore 5 ans, on en reparle !

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