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19. Un travail harassant

Escrivaillon 0

En fait, le travail de réception, je l’aime autant que je le déteste.

Je l’aime car il m’a sauvé la vie plusieurs fois. Quand je ne trouvais rien d’autre pendant quelques semaines, ou quand j’avais besoin de renflouer les caisses en urgence, en faisant des nuits en plus de mon travail de jour. Mais avec toutes ces années à mon compteur, j’avais eu droit à tellement de moments de crises que je n’aspirais plus désormais qu’aux soirs tranquilles.

Visiblement cette première nuit de reprise allait être calme et reposante. A 21 heures, tous les clients étaient arrivés et je m’apprêtais à manger les parts de la quiche que j’avais préparée (une quiche tomate-reblochon-moutarde-knackis)(une recette unique de ma création)(je t’ai dit que je faisais beaucoup la cuisine. Je n’ai jamais dit que c’était digne de Top Chef). Et deux heures plus tard, j’étais confortablement assis dans un fauteuil de bureau premier prix de chez Confo et je lançai une série. La Dolce Vita, t’as vu !

C’est alors que la soirée prit un tournant décisif. Car dans ce décor banal à crever, il me semble encore les voir arriver. Un homme, une femme, fringués, stylés, riant et les yeux heureux. C’est elle qui m’a parlé. « Je ne vous connais pas vous ! Enchantée ! Nous venons boire un verre, c’est possible ? » avec un accent un forcé comme Valérie Lemercier à l’époque de Palace.

Je venais de mettre ma série en « pause », j’avais envie de dire que non, que le bar était fermé… Mais je n’avais pas de (vraie) bonne raison de mentir, alors j’ai pris mon plus beau fake smile et leur ai dit que oui, bien sûr c’était possible !
– Super, alors deux coupes de champagne, s’il vous plaît.

Elle posa son manteau Balenciaga sur une chaise et s’installa sur le canapé du lobby, son ami s’assit à côté d’elle en me scrutant de son gaydar. Son regard me cherchait pendant que je préparais les boissons.
Flatté, j’ai pris mon regard charmeur, mais commerçant : celui dont on ne sait pas exactement à quel point il est intéressé.
Il m’appela 4 fois au cours de l’heure suivante pour me demander assistance pour le wifi et d’autres bêtises. Et me complimenta pour mon sourire (des années de travail pour lui donner un air sincère).

Le premier point important est que ces deux personnes parlaient de mode, de collections, de défilés et de leurs rôles dans la presse spécialisée. Je pense que grâce à mes regards, mes sourires et ma prestance (et cette aptitude à paraître presque à l’aise dans un pantalon 38 devenu clairement trop serré), j’ai toutes mes chances pour devenir mannequin. Il va revenir à l’hôtel pour me proposer un contrat, c’est sûr.

Le deuxième point important, c’est qu’en ouvrant le frigo pour ranger le champagne, je vis une pauvre bouteille de champagne rosé qui avait été ouverte la veille sans être rebouchée. Sachant que je n’allais pas décemment pouvoir vendre une seule goutte de ce pétillant trop aéré ! Je finis la bouteille au fur et à mesure de l’heure suivante (en utilisant les angles morts des caméras pour me cacher).

Finalement, être réceptionniste avait de bons côtés.

 

Questions subsidiaires:
Vais-je devenir la nouvelle icône de la French Fashion ?
Vais-je devenir toy-boy en continuant à travailler dans les 4* ?
Le champagne, boisson overrated ?

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