Appuyer sur "Entrée" pour passer au contenu

23. Un accident au cours de Body Poump

Escrivaillon 3
Escrivaillon
Follow me

Escrivaillon

Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
Escrivaillon
Follow me

Les derniers articles par Escrivaillon (tout voir)

Une soixantaine de personnes attendait avec impatience que le cours collectif précédent se termine. Comme devant les portes du métro, les gens attendaient, en leggins, débardeurs et brassières de sport, le moment de s’engouffrer et de se ruer sur le matériel comme une ruche énervée et désorganisée.

J’étais arrivé après quasiment tout le monde, en raison de ma vision du temps très quantique et non linéaire (comprendre que je suis souvent en retard), et comme je ne voulais pas me retrouver au premier rang, au moment de la cohue générale, j’avais posé à terre ma serviette pour marquer le territoire qui me reviendrait. Dans l’agitation qui régnait, je n’avais fait attention au placement de personne. C’est alors qu’il s’avança vers moi. Une barre vide dans une main, et deux poids de 5 kilos dans l’autre, Brad marchait vers moi, comme au ralenti, et m’envoya un tout léger sourire (mais un sourire quand même, bitches !)…

Sans concertation, sans faire exprès, je m’étais placé pile derrière lui. Je lui adressai un petit signe de tête sobre en retour (mais dans ma tête, c’était un peu ce rêve bleu, et nous partions lui et moi, sur un tapis volant vivre d’amour et d’eau fraîche au milieu des pégases…).

– Saaaaalut toi ! lança Jon Ross qui venait me dire bonjour et dissiper mes rêves éveillés. Tu vas bien ? Je te fais pas la bise, je viens d’enchaîner 3 cours avant celui-ci, je suis tout transpirant !
– Pas de problème !
Comme Brad nous regardait en préparant sa barre, j’avais parlé avec une voix plus virile et chaude que d’habitude, en mode téléphone rose. Je ne sais pas ce qui m’avait pris. Jon Ross me dévisagea avec surprise et éclata de rire. « Bon, je te laisse Musclor, je retourne au premier rang ! ». Devant, Brad s’était retourné et je ne pouvais plus voir son visage ni voir sa réaction.

Veronica, la prof, la tête haute, venait de prendre la parole, la salle s’était tue. Aujourd’hui, elle allait nous passer les nouvelles chorés du Body Poump, et on allait souffrir ! Elle parlait aussi des rappels de sécurité sur la posture et d’autres trucs, mais mon esprit était happé par le dos de l’éphèbe devant moi. Ses épaules rondes et fermes et la peau dorée qui s’échappait et se cachait sous le tissu de son débardeur aguicheur… L’heure qui suivit, j’eus du mal à détourner le regard. Mais je pouvais le fixer ; après tout, pour n’importe quel observateur, je regardais droit devant moi, concentré sur les mouvements

Mais tout bascula lors de la septième chanson (la chanson des fentes, cet exercice de torture censé faire travailler les fessiers ou les jambes, personne ne sait trop bien, parce que personne n’explique comment il faut bien faire le mouvement)(je mets le gif pour montrer le type d’exercice, mais représentez-vous une musique en mode Euro-dance, hyper rapide, et une alternance de squat et de fentes sur la même jambe, vous brûlant les jambes après la soixantième répétition).

Les répétitions étaient si intenses que toute la classe souffrait. Moi-même je soufflais comme un bœuf en serrant les dents. Et puis il y eut un bruit sourd. Une jeune femme à ma gauche venait de perdre l’équilibre et était tombée. Elle gémissait à présent. Veronica, au micro, demanda à tout le monde de continuer les mouvements, tout en courant vers la gisante.
– Comment tu vas ?
– I’ve got a cramp!
– Euh… ok, euh, was is your name ?
– Linda
Mais Veronica ne semblait pas intéressée par le nom de la blessée, elle regardait les personnes autour, l’air un peu paniqué.

« Je parle anglais si tu veux », « tu veux que je traduise ? » Brad et moi avions parlé au même moment.
– Merci les garçons, vous êtes adorables ! Demandez lui si elle peut attendre dans le fond de la salle tranquillement, il reste 2 chansons, et je lui montrerai des exercices d’assouplissement. On ne peut pas grand chose contre une crampe à la fesse.
– Tu veux que je m’en charge, me demanda Brad.
– Non t’inquiète, je vais gérer !
Sûr de moi, je pris mon plus bel accent et expliquai à Linda les instructions. Brad ajouta « I will help you, don’t you worry, dear » dans la direction de la jeune femme. Elle se tint à lui pour rejoindre le fond de la salle.

La musique s’était arrêtée entre temps et tout le monde nous regardait. J’avais l’impression d’être un sauveur, un héros. Genre laissez-moi le conflit Israëlo-Palestinien les gars, je vais gérer !
– Bien joué les garçons ! Vous avez trop assuré. Veronica était à nouveau sur l’estrade. Bon, alors maintenant tout le monde, vous êtes prêts ? On finit le cours ? Linda, wait, I finish to you seven minutes. Eat water okay !

Une fois le cours terminé, Brad et moi nous approchâmes de la prof et de Linda. « Tu veux qu’on traduise ? »
Non répondit-elle, elle se débrouillerait. Elle allait montrer quelques mouvements de stretching. Linda paraissait satisfaite. Merci encore !

Alors, en route vers les vestiaires, ne sachant comment amorcer la conversation ou si je gagnerais à garder le silence, je fus pris d’un coup de tête et lançai enfin :
– Au fait, moi c’est Escrivaillon !
Je m’étais arrêté, pour le forcer à faire une pause sur le chemin qui nous mènerait aux vestiaires.
– Ah… Enchanté… Brad !
Il se passa la main dans les cheveux, comme par nervosité. Il semblait chercher un truc à dire, une façon de donner le change peut-être. Puis il mit fin à la seconde de silence.
– Bon je dois y aller, à la prochaine !

Une fois dans les vestiaires, je ne voulais pas donner l’impression que je le regardais, donc je portai mon regard dans l’autre direction. Et quand je fus changé, il avait déjà disparu…

 

Questions subsidiaires :
– Plutôt bon signe ou pas, alors ?
– Est-ce que j’ai paru trop dragueur ?
– Devrait-on bannir les fentes des exercices de sport parce que c’est débile, et ça fait mal et ça sert à rien ?

  1. On devrait, a minima, bannir ce terme (je ne sais pas ce que c’est).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.