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26. L’hôtel 2.0

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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– Merci d’être venu en avance.

Dans le bureau, Stefano DiMera, le propriétaire de l’hôtel me fit signe de m’asseoir. Il était très content, me dit-il de mes premiers jours parmi eux, et il avait quelque chose à me proposer. Pas si vieux, un peu gras, DiMera était arrivé dans l’hôtellerie par accident. Il avait de l’argent, il voulait en gagner plus, et les hôtels lui avaient paru un bon investissement. Il n’y connaissait pas grand chose, mais avait embauché un réceptionniste qui avait dix ans de bouteille et tenait l’établissement pour lui. DiMera était quant à lui incapable de se reconnaître le moindre défaut. Plus il gagnait d’argent, plus cela montrait sa supériorité, et quand il y avait des problèmes, c’était toujours la faute d’un tiers. Toutefois il eut été cruel de ne lui admettre aucun talent. Il avait compris avant tout le monde l’importance de la formule et du narratif. A l’ouverture de son hôtel, en 2002, il avait transformé un placard en y mettant un fauteuil et un ordinateur et l’avait appelé le Business Center. Il avait aussi créé une pièce au sous sol, avec 2 machines de sport et quelques poids libre pour en faire un Fitness Center. Ainsi, il avait pu garder hauts les tarifs de son 3 étoiles de 42 chambres, même après les attentats de novembre 2016. Depuis quelques mois, il avait aussi prouvé qu’il n’avait pas perdu son sens de l’opportunisme. Après onze heures, la salle de petit-déjeuner était renommée Espace de Coworking. Bien sûr, personne n’utilisait ces espaces, ces noms à a gomme ne servaient qu’à créer du hype dans les textes de présentation sur les sites de réservation, mais les gogos aiment réserver dans des établissements qui leur proposent un vomis d’activités et d’options dont ils ne se servent jamais, quand il ne viennent que 3 nuits pour visiter Paris pour la première fois de leur vie.

Tu t’imagines bien, lectrice/lecteur, que je te traduis ce que m’expliquait DiMera sur son génie. Il avait cependant un autre rêve, une autre vision. Il était jaloux de toutes ces marques et tous ces hôtes et restaurants qui avaient depuis plusieurs années une présence numérique. Bien sûr, il avait un site internet de qualité depuis des années, mais il avait loupé le coche des réseaux sociaux. Malgré un compte facebook ouvert quelques années auparavant, il n’avait rien développé. Pourtant, il le sentait bien, c’était là l’avenir ! Des comptes sur facebook, twitter et instagram, des milliers de followers, un contenu riche et engageant, voilà ce dont il rêvait pour l’Hôtel des Colonnades. Est-ce que je partageais donc sa vision ?
– Tu sais bien Escrivaillon, que l’équipe est petite et familiale (formule pour dire « l’équipe est vieille et trop apeurée pour postuler ailleurs »). Je vois en toi du sang neuf. Tu es jeune, tu connais ces réseaux sociaux. Je pense que ce serait un projet pour toi !
– C’est à voir. Je serais payé combien pour cela ?
DiMera manqua de s’étouffer.
– Mais tu es déjà payé. Non, je vois cela comme une opportunité pour toi de développer tes compétences, d’apprendre de nouvelles choses et de ne pas juste te limiter à faire du check in/check out !
– M. DiMera, je vous remercie pour cette opportunité, mais je ne me sens pas capable de gérer tout cela. En fait j’ai supprimé Facebook il y a plusieurs mois, et je ne comprends rien à Twitter.

Stefano DiMera, le regard noir me, dit qu’il comprenait, il me remerciait pour mon temps. Il verrait avec les autres.
J’attendis qu’il fermât la porte derrière pour soupirer de soulagement. J’avais échappé de justesse à un gros tas de merde.
Questions subsidiaires :

– acceptez-vous les tâches au-dessus de votre salaire sous prétexte qu’il s’agit d’une opportunité ?

– Suivez vous vraiment des pages facebook d’hôtels ou de restaurants ?

– Le community management fait il encore sens ?

  1. Non
    Oui
    Je ne sais pas s’il fait sens mais il a encore un sens. (parfois un peu inverse quand le CM pète un câble, mais regarde le compte twitter d’ArenaFlowers par exemple : pur bonheur)

    • Escrivaillon Escrivaillon

      Je pense que l’excès de Community Management fait que ce qui avait été créé doit être transformé.
      Mais c’est rigolo ça que tu suives des hôtels/restaurants !

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