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30. L’entretien d’embauche

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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J’avais choisi de travailler dans les hôtels de façon complètement alimentaire. Je ne ressentais pas de passion pour l’hôtellerie, ses clients parfois ingrats (« mais c’est une honte, il n’y a pas une table à repasser par chambre, vous devriez prendre exemple sur les Etats Unis… C’est très ennuyeux de devoir appeler la réception pour que vous en montiez une »), et ses salaires très bas.
Ma collègue Ashley et mon directeur commençaient cependant à me donner des envies de départ.

J’eus à peine le temps de mettre mon CV en ligne que les offres fusèrent. Dont une que je reçus par mail.

Casey Mitchum, chef de réception, voulait savoir si j’étais disponible pour un entretien et me proposait de le rappeler. Je fis comme tout le monde, un petit tour sur internet pour voir à quoi il ressemblait. Casey était avenant, bien que fortement photoshoppé sur LinkedIn. En revanche, sur sa page facebook, je découvris des photos de couple. Fin de vingtaine ou début de trentaine, les deux tourteraux étaient en costume, bien peignés, devant une belle propriété à la campagne.  Le genre de photos que l’on prend lors des mariages. L’hôtel, était petit, mignon, en plein coeur du quartier latin, l’endroit où j’avais vécu tant d’années.
N’ayant rien à perdre, j’appelai.
Sa voix était jeune, assurée. Il me parla de l’hôtel, de leur philosophie, de leurs attentes, en somme il m’expliqua tout par téléphone. Cela faisait vingt minutes que nous discutions des tâches de la réception et de l’industrie hôtelière à Paris quand je finis par lui dire « Peut-être devrions nous garder des choses à nous dire pour un entretien en face à face ? ». Il acquiesça. « Oui, oui, bien sûr ! »

Il m’avait expliqué que les employés portaient uniquement du noir, aussi, mercredi, je modelai ma barbe de trois jours, et enfilai des vêtements devenus très moulants après trois mois de sport. Entre ma chemise cintrée qui accentuait ma taille fine, les boutons du haut qui souffraient depuis que j’avais développé un peu les pectoraux et le dos, et le pantalon qui voulait se faire passer pour un legging, on aurait presque pu me prendre pour un clubbeur ou un serveur de Palavas-les-flots. Et le noir, c’est ma couleur (ou non-couleur), ça met en avant mes yeux et approfondit mon teint toujours hâlé. Bref, j’étais beau (enfin je me plaisais, ce qui est suffisamment rare pour être souligné). Mais ayant décidé de me déplacer en vélib, c’est tout transpirant que j’arrivai à l’entrée de l’hôtel.
Casey vint à ma rencontre dans le lobby, je m’excusai pour les gouttes de sueur qui perlaient sur mon front. Mais non, bien sûr, ce n’était rien. J’étais bien courageux de venir en vélo avec le trafic parisien…

Casey était bien plus mignon en vrai. Un peu petit, certes. Et sa peau n’était pas aussi parfaite qu’avec l’outil de correcteur automatique. Mais il était mignon. Ses yeux étaient vivaces et joyeux, sa barbe d’une semaine lui ajoutait en maturité. et ses traits étaient fins et gracieux. Il donnait envie de le chatouiller et de l’entendre rire. Mais nous n’étions pas là pour ça !
Il me conduisit au sous sol, une belle cave voutée en pierres apparentes qui avait été aménagée en salle de petit déjeuner. Là nous nous installâmes, moi sur une banquette, lui sur une chaise, de l’autre côté de la table.
Par dessus sa chemise il portait un gilet qui ne lui allait pas trop et aurait mérité que je lui retire.
Mais nous n’étions pas là pour ça… D’ailleurs, pourquoi étions nous là ? Nous avions déjà tout dit, tout demandé la veille par téléphone, alors il se répéta, il me refit la même présentation. Je le regardais droit dans les yeux, charmeur. J’essayai de le déstabiliser, comme ça, juste pour m’amuser.
Vous avez sûrement eu en face de vous, une personne qui meuble, et qui continue sa phrase, sans savoir quoi dire, mais poursuit tout de même, comme pour ne pas arriver à ce blanc qui sera suivi par un « bon, et bien merci pour tout ».
– […] et donc voilà les tâches de la réception, car comme vous le savez, il y a de nombreuses choses à faire au cours de la journée, parce que c’est important, pour les clients, et parce que l’on est là pour cela, répondre aux questions des clients, quand ils ont des questions, bien sûr, et parfois ils n’en ont pas, mais parfois ils en ont et donc on est là pour ça, à la réception…
Vous avez des questions ?
Je n’avais pas de question, mon regard toujours dans le sien, il essayait de lutter et restait lui aussi plongé dans mon regard.
Et puis c’est là que j’ai vu qu’il portait une alliance.

J’imaginai le futur en lui parlant. Le chef de réception et le réceptionniste travaillant au même comptoir plusieurs heures par jour, dans ce petit hôtel aux chambres peu nombreuses… Lui et moi, côte à côte 5 heures par jour. Je jouerais, je ferais des blagues, je serais taquin et flatteur. Il se laisserait prendre au jeu, avec cette assurance du jeune marié (cela ne pouvait pas faire 10 ans) qui se croit immunisé contre la séduction. Et moi, qui prendrait cette immunité comme un défi. Surtout plusieurs jours par semaine, juste lui et moi, à la réception… Je ne suis pas irrésistible, bien entendu, il n’est pas question de cela. Et cette complicité pourrait mener vers une pure amitié, ou bien à un énervement mutuel constant.

En prenant congé, je me demandai si je ne devais pas mieux, le lendemain, envoyer un message pour dire que le poste ne m’intéressait pas… Je pouvais toujours prétexter un salaire un poil trop bas, ou un manque de week ends.

Ou bien devais-je attendre de voir s’il me rappellerait ? Comme ça, juste au cas où ?

 

Questions subsidiaires :

– Je ne sais même pas pourquoi j’ai trop écrit ce billet. Il ne se passe rien (je veux dire encore moins que d’habitude) et en plus, ça me fait limite passer pour un prédateur sexuel qui se prend pour la huitième merveille du monde…
– Travailler en binôme avec quelqu’un que vous trouvez mignon·ne, bonne idée ?
– s’il rappelle, je dis quoi ?

  1. Tu dis oui parce qu’il a l’air moins con que tes collègues du poste actuel et qu’on voudrait pas que tu fasses un burn out, surtout pour un poste alimentaire.
    (et tu arrêtes de draguer le monsieur marié, Brad va être jaloux)

  2. Johnson Johnson

    Mais si il se passe plein de trucs, plein de trucs dans ta tête mais plein de trucs quand même !

  3. – Ce n’est pas le cas !??
    – Non.
    – « Bonjour » me semble être la moindre des corrections.

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