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32. La glace est brisée

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Je tournai dans l’appartement me demandant si j’avais géré correctement l’offre d’emploi de Casey. Pendant un moment, j’étais satisfait, ç’aurait mal tourné, mais quelques minutes plus tard je me fustigeais d’être aussi tarte et de ne pas être capable de penser positivement. Je fis le ménage à fond, à briquer la baignoire, déplacer les meubles, et démontant les étagères, je lavai la terrasse avec du bicarbonate de soude et du savon noir puisqu’on me recommandait ces produits sur le net (ça a laissé des traces blanches, mais moins que le St Marc, l’an dernier)(ouais je suis trop opé du balai). Et toujours je tournai en rond. Je finis par arriver avec 20 minutes d’avance devant la salle de Body Poump…

– Hey, c’est Escrivaillon, c’est bien ça ?

D’un seul coup, le ciel ténébreux des langueurs de mes doutes s’évanouit dans un concert de rais de soleil entremêlés d’or et de chants d’oiseaux sur une vallée verte et chatoyante… Cette voix suave et divine qui caressait mes oreilles et mon âme, c’était Brad, debout, adossé contre le mur, avec son débardeur de sport et son mini short.
Incrédule, bouche-bée, comme tiré d’un rêve éveillé, je hochai simplement de la tête. Il se redressa et me tendit la main.
– Tu es pas souvent en avance toi ! La forme ?
– Je.. Je… oui, c’est… enfin je.. je viens au cours de body poump.
Ne sachant pas quoi dire, j’avais juste balbutié les premiers mots qui m’étaient passés par la tête. Je me mordis la langue devant cet accès de stupidité, tout en me félicitant de ne pas avoir sorti « je t’aimerai jusqu’à la fin des temps » ou « nos enfants seront beaux ». Non, vraiment je m’en étais pas si mal sorti. Reprends-toi, Escri, reprends-toi ! Je repris la parole, ignorant son sourire confus.
– J’ai toujours tendance à attendre le dernier moment, et au final, je me retrouve parmi les derniers à rentrer, et à devoir me mettre tout au fond, sans espace, je me suis dit que c’était pénible.
– Oui c’est clair.
C’est alors que j’eus l’éclair de génie pour nous unir comme par un pacte de sang.
– D’ailleurs Brad, vu qu’on vient toutes les semaines, ça te dirait pas qu’on s’arrange pour le matériel ? Genre j’irai chercher 2 steps et deux tapis, pendant que tu prendras deux barres… On gagnerait du temps.
Il me regarda, semblant réfléchir à la proposition.
– Euh… Oui, pourquoi pas, c’est vrai que ça peut être plus pratique. Deal !
Je profitai de cette conversation pour le regarder plus en détail. Ses yeux, ordinairement fuyants étaient d’un ocre foncé aux tâches orangées, et les cils, plutôt longs lui donnaient un air doux et généreux. Son nez était long et droit et plongeait vers ses lèvres à la fois charnues et masculines qu’une moustache et une barbe entouraient. Ma seule envie était de poser mes mains sur ses joues et d’attirer vers moi son visage pour l’embrasser fougueusement.
A la place, je répondis sobrement « cool ! »

Cependant, une chose me turlupina. Cette impression que j’avais eue avec Casey, à travers nos jeux de regard, qu’il y avait une petite attirance mutuelle, je ne la retrouvais pas avec Brad. Ses yeux étaient posés sur moi, parce que nous parlions, mais ils ne trahissaient ni curiosité, ni passion, rien. Il me regardait comme il aurait regardé un meuble.
Il reprit la parole.
– Merci pour ton aide, avec l’américaine, la dernière fois.
– Oh, c’est rien ! D’ailleurs, j’ai entendu que tu parles bien anglais !
Il se mit à rougir.
– J’ai vécu un an à New York, pendant mes études, et à présent, je bosse beaucoup en anglais… Mais c’est toi qui m’a surpris, en fait. Après coup je me suis demandé si tu étais français ou étranger.
Ce fut à mon tour de baisser la tête en étant un peu gêné.
– J’ai fait des études d’anglais, c’est pour ça, je me débrouille… Mais je suis parisien de souche. Né dans le Treizième ! ajoutai-je avec un grand sourire. New York, par contre ça fait rêver ! J’ai toujours voulu y aller.
– C’était super, vraiment c’était une année géniale, ça me manque pas mal. J’aime beaucoup Paris, mais il manque une certaine diversité, je… Je sais pas comment dire…
– Oh, tu sais, lâchai-je, j’ai vécu quatre ans à Amsterdam, je crois comprendre…
Quelque chose s’anima à ce moment là dans son regard. Ses yeux se mirent à me regarder un peu différemment. Je n’étais plus un meuble, j’étais un égal. Autour de nous les personnes qui s’étaient amassées et attendaient n’existaient plus.
– Ah, tu as vécu à l’étranger aussi ? Je sais pas pourquoi mais je trouve…

Je ne saurai jamais ce qu’il trouvait. Car à ce moment là, Veronica, la prof arriva et nous interrompit.
– Bonjour Brad, bonjour Escri, oh, allez, je vous fais la bise. Désolée, je suis un peu mouillée, je viens de courir.
Elle avait rajouté cette dernière partie en fixant Brad et lui fit un clin d’oeil.
– Alors, reprit-elle. prêts pour le cours les amis ? Escri, je garde un oeil sur toi, tu mets un peu plus de poids, tu peux faire mieux !
Les sportifs et sportives lui avaient laissé un passage pour entrer dans la salle de cours collectifs, et tout le monde s’engouffra à sa suite. Brad et moi nous fîmes un signe de la tête : moi les steps, lui les barres.
Comme deux partenaires de toujours, nous disposâmes nos affaire l’un à côté de l’autre en souriant.

Mais, contrairement à son habitude des dernières semaines, Jon Ross resta au premier rang, et ne vint pas se mettre à côté de moi. Il ne vint même pas me dire bonjour…

 

Questions subsidiaires :

– Brad n’a pas l’air si intéressé… Quelle tactique employer pour le rendre fou de moi ? (je pensais à une tapette à souris géante, mais avec un très gros morceau de fromage…)
– Vu que Brad comme moi on baisse la tête quand on nous fait des compliments, peut-on envisager un appareil pour transformer ce mouvement en source d’énergie infinie ?
– Je crois que Jon Ross boudait…

  1. Monsieur n’est pas une tapette. Monsieur est commissaire de police.

  2. J’ai également une terrasse à nettoyer si tu t’ennuies 🙂

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