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Dans la salle de réunion

Amandine Van de Kerk 0
Amandine Van de Kerk

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Maman exilée aux Pays-Bas
Amandine Van de Kerk

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Je ne comprends pas. Je suis perdue. Je suis complètement paumée.

Pourtant rien ne paraissait différent de d’habitude, ce matin-là, quand j’ai pris mon vélo pour aller bosser. Et pourtant !

En ce moment, c’était un peu charette au travail. Comme nous sommes une boîte qui travaille avec les hôtels, le printemps est l’occasion de signer de nouveaux contrats pour la saison estivale. Les commerciaux ont des objectifs plus hauts, et au bureau, on nous demande d’être encore plus réactifs. Les coups de téléphone et les mails s’enchaîne t, et je suis sans arrêt sur Skype ou par téléphone avec mes deux commerciaux attitrés, Aïcha et Roman, qui sont sur les routes. Et comme cette semaine il y avait le bilan annuel, il fallait bien garder en tête les nouvelles signatures, l’avancement des contrats, et les KPIs (Key Performance Indicators : statistiques de performance). Pour vous dire la vérité, je suis presque contente que Menno me laisse tranquille le soir pour aller chez ses potes, comme ça je peux travailler un peu depuis mon laptop en regardant la télé.

Bref, c’est boulot-boulot-boulot en ce moment, et pour la réunion du bilan annuel, tout le monde était là, lundi. Nous devions nous retrouver à 14h, puis avoir des ateliers de training puis enfin le borrel trimestriel : boire des coups en équipe avec une activité pour cultiver l’esprit d’équipe.

En Hollande, les gens ne prennent pas longtemps pour déjeuner. C’est pas comme en France. Ici, c’est 30 minutes de pause, et tout le monde se contente de manger des petits sandwiches. Les Hollandais ne comprennent pas les plats chauds au lunch.
Alors avant la pause, Roman est venu à mon bureau et m’a dit
– Ce serait pas mal qu’on fasse le point sur les nouveaux clients et le suivi des demandes des semaines passées. Est-ce que ça te va si on se retrouve dans la salle de réunion pendant que les autres déjeunent ? On pourra toujours grignotter pendant la réunion plénière.
Moi ça m’arrangeait bien, parce que je m’étais engueulée avec Wouter, de l’équipe informatique, et j’avais pas très envie de déjeuner avec tout le monde.

A midi, nous sommes donc montés et nous sommes assis côte à côte, nos deux laptops en face de nous. Comme nous bossons super bien ensemble, c’est allé assez vite.
– L’hôtel bidule ?
– Il m’ a appelé il y a trois jours, il aimerait que l’on change ceci et cela, j’ai transmis à IT, et ce sera implanté dans deux semaines.
– L’hôtel truc ?
– Je n’ai toujours pas reçu leur RIB et KBIS, j’ai envoyé deux relances, tu pourras leur passer un coup de fil ?
– Je m’en occupe en sortant. L’hôtel machin ?
– Tout est en ligne, je l’ai eu hier, ils sont super contents !
C’est bizarre parce qu’il y avait, en plus de la rapidité, une sorte d’empressement de la part de Roman. Ca m’a surtout frappé quand on a eu fait le tour et qu’il s’est tourné vers moi en me demandant si j’avais des choses à ajouter.
– Non, c’est bon pour moi !
Il me regarda intensément et ajouta :
– Alors j’aimerais faire quelque chose que j’ai envie de faire depuis longtemps.
Il a fermé son ordinateur et sa main s’est approchée de ma joue tandis qu’il approchait son visage. Je restai figée, le souffle court, ne sachant pas que faire. Mais quand ses lèvres se sont finalement posées sur les miennes, j’ai fermé les yeux, et un léger frisson me parcourut le corps. Je n’avais pas arrêté son baiser, je n’en avais pas eu la force, ni l’envie. En une seconde j’avais capitulé et je l’avais laissé m’embrasser. D’abord un peu timide, Roman était tendre.
Cela ne dura pas longtemps. Trop déjà, sûrement… Il se redressa et me regarda, avec ces yeux qui demandent si tout va bien, s’il n’a pas été trop loin. Avec ces yeux qui se posent tendres, et se demandent si tu as pris autant de plaisir qu’il en a eu, à goûter tes lèvres.

Mon coeur battait beaucoup plus vite que d’habitude. Comme un ordinateur qui rame, je ne savais pas que faire de ces données nouvelles.
– Je… Enfin… C’est… Nous devrions aller, les gens vont se demander où on est !
D’un geste rapide, j’avais repris mon ordinateur et j’avais descendu les escaliers menant à l’open space.
Qu’avais-je donc fait ? Ou plutôt qu’avit-il donc fait ?
Est-ce que je lui avais fait penser que j’étais intéressée ?
Mais on n’embrasse pas une femme mariée voyons !
Je ne le voulais ce baiser !
Mais alors pourquoi j’avais passé mon bras autour de lui, et pourquoi je lui avais rendu son baiser ?
Malgré toute ma volonté de ne pas me sentir coupable, lorsque nos lèvres étaient collées, j’avais ressenti cette sorte de soif de lui, cette envie que le moment se fige…
Mais qu’avais-je donc fait !?

J’ai passé le reste de la journée à l’éviter, je n’arrivais pas à savoir ce que je ressentais. Même quand nous avons été boire en groupe dans un bateau qui passait le long des canaux, il regardait souvent dans ma direction ou se mettait à côté de moi, mais je parlais surtout à Aïcha et aux autres collègues.

Je ne sais plus quoi faire…

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