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39. Débauche à Amsterdam : Deuxième jour

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Nous étions le 27 avril, et je me réveillai en grognant, groggy et la tête en vrac après trois heures de sommeil. Dennis, le pote hollandais et rugbyman de Zane qui dormait aussi chez lui pour le long week end criait « Come on girls ! Wake up ! Wake up ! it’s King’s Day, we need to start drinking ! »

Zane était dans le même état que moi et répondait par force « Khalas ! (ça suffit) Let us sleep, you cunt! »
Mais si j’eus préféré rester dormir, je n’étais pas du genre à fuir, alors je me levai péniblement, enfilai un tank top, et me rendis à la cuisine pour me faire un café. Dennis m’arrêta et me sortit une bière du frigo.
– C’est le jour du Roi, on ne boit que de l’alcool aujourd’hui !
Je fis une grimace, mais pour montrer que je n’étais pas la moité d’une tapette, j’ouvris la canette et bus plusieurs gorgées. Diantre, I was too old for this shit

Finalement, Zane et moi étions debout et Dennis s’agitait autour de nous. Il sortit de son sac plusieurs couronnes dorées et oranges, des tee shirts, une cape et des lunettes. Il était excité comme un gosse pour Noël et voulait nous en faire profiter aussi. Il partit nous acheter le repas typique des jeunes et des étudiants : un Kapsalon.

Le Kapsalon, c’est vraiment l’un des must de la gastronomie hollandaise. Etymologiquement, ça veut dire « salon de coiffure », mais en fait c’est un plat que l’on trouve dans les très nombreux snacks tenus par des Turcs.

Dans une barquette, un épaisseur de frites, de la viande (de kebab, ou de steack haché), du gouda, et on recouvre le tout d’une bonne couche de salade et de sauce à l’aïoli.
C’est un plat sain et diététique, mais pas cher, et parfait pour les lendemains de cuite ou quand on a la flemme de faire à manger. D’où sa popularité chez les étudiants.

Je n’avais pas mangé depuis un peu plus de trente heures, alors sans surprise, il fut dévasté comme la Syrie après 7 ans de Bachar. Il ne resta plus rien.
Zane avait résisté et s’était fait un café, je terminai ma bière, et Dennis partit dans la chambre pour téléphoner.
Dix minutes plus tard, des ronflements sortaient de la chambre, et Zane et moi nous regardâmes, blasés d’être debout aussi tôt (midi) alors que nous aurions pu rester dormir. Il lança le documentaire sur Avicii et comme deux vieilles biques, nous faisions le commentaire.
– Ah, c’est le manager qui l’a tué, regarde comment il parle…
– Grave. Mais pourquoi ils étaient toujours filmés ? C’est fou, il téléphone à sa mère et il est filmé, alors qu’il était même pas encore connu…
C’est que Zane et moi avions été colocataires pendant un an, donc c’était des retrouvailles canapé-télé de vieux couple heureux d’être à nouveau ensemble…

Marcus, l’Allemand rencontré la veille m’envoya un texto auquel je ne répondis pas. Trop la flemme.

A la fin du documentaire et de ma deuxième bière, Dennis s’était levé, et une heure plus tard, nous étions habillés en orange avec des drapeaux néerlandais peints sur le visage, en marche vers notre destination.

Les rues étaient pleines à craquer. Sur les trottoirs, les enfants et les adultes vendaient les affaires dont ils souhaitaient se séparer. Ici des vêtements, là un vieux modem et une horloge, là encore des vélos d’enfants, des bandes dessinées et des robes de soirée moyen-orientals, plusieurs rues n’étaient que bric et brac au milieu desquels nous avancions une nouvelle bière à la main, dans une foule qui devenait de plus en plus compacte à mesure que nous approchions des scènes musicales. Partout du orange, des cris, des drapeaux, des chapeaux.

Par BoBink — Travail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=14815668

Enfin nous sommes arrivés à l’Homomonument. Il s’agit d’un mémorial commémorant tous les gays et lesbiennes persécuté·e·s pour leur orientation sexuelle (ce qui n’empêche pas une partie des néerlandais d’être toujours un peu homophobe, mais il s’agit d’un autre débat). Trois triangles de granite rose, rappelant les symboles de la Seconde Guerre Mondiale forment un triangle géant. Celui au niveau de l’eau représente le Présent et c’est là que sont souvent posées des fleurs en mémoire du passé et des victimes du Sida. Tandis que le triangle au niveau du sol représente le passé, et enfin, celui surélevé représente le futur et est souvent le point de ralliement ou le podium pour les manifestations.

C’est sur ce dernier triangle que nous avons trouvé le reste de l’équipe de rugby gay d’Amsterdam. Les Lowlanders. Zane et Dennis connaissaient tout le monde bien sûr, faisant eux-même partie de l’équipe. De mon côté j’étais plus réservé, et n’osait pas trop dire bonjour, parce qu’il allait falloir retenir environ 25 prénoms et j’allais me tromper, forcément. Il faut vous imaginer la place sur la photo noire de monde, avec 20 minutes de queue pour les toilettes de chantier installées çà et là. Et dans ma nostalgie et curiosité, je scrutai la foule me demandant si je croiserais certains de mes amours passés, comme Simon ou Alessio… Je ne les vis nulle part, et conclus que Simon devait passer la journée avec sa famille, dans une partie de la ville davantage child-friendly. Alors je me mis à discuter avec les potes de Zane. J’en étais désormais à ma sixième bière et était de nouveau prêt à sociabiliser. Dans une véritable ambiance multiculturelle, nous parlions anglais, néerlandais, espagnol ou français. Nous parlions de nos expériences en Thaïlande, de la malbouffe hollandaise, ou des habitations hors de prix.

Voilà à quoi ressemblait Antoni

Mais j’avais beau parler à untel ou untel, je n’osai approcher celui que j’avais repéré dès que j’étais arrivé. Jeune, brun, les yeux verts et le corps fin, il semblait être l’ami d’un ami d’un ami et parlait peu. Mais nos regards s’étaient croisés à plusieurs reprises, puis ce furent des sourires, mais je retardai au maximum le moment où nous allions nous parler. Sur ce promontoire réduit, il était impossible de se faire emporter par la foue qui s’élance et qui danse au rythme de la musique tech-house qui électrisait la place.
S’était-il rapproché ? Alors que j’écoutais Zane et Dennis parler d’une des personnes du groupe qui était transexuel (je ne savais pas lequel c’était et j’ai bien sûr fait une bourde quelques heures plus tard en félicitant un allemand pour son courage et en lui disant qu’il était très beau… #LesRavagesDeLAlcool), le mignon était à présent juste à côté de moi. Alors je finis par prendre l’initiative.
– Salut, moi c’est Escrivaillon, et toi ? (master of originalité)
– Enchanté, moi c’est Antoni.
Antoni venait donc du sud est des Pays Bas, à côté de Maastricht. Il avait vécu un an à Berlin et un an en australie et rêvait d’économiser pour repartir voyager pendant un ou deux ans, avec un sac à dos.  » Mais parfois, c’est vrai que j’aimerais bien trouver quelqu’un avec qui partager ces expériences, notamment quand tu te retrouves sur une plage à l’autre bout du monde à regarder le soleil se coucher. Quand tu voyages seul, tu es toujours entouré de plein de gens, mais ça ne remplace pas un petit-ami avec qui tu peux vivre ça… »
Autant te dire que j’étais déjà en train de calculer quand serait une bonne date pour notre mariage. L’été 2019 ou bien cet hiver, à l’autre bout du monde ? Et puis il critiqua aussi la cuisine néerlandaise, et me dit qu’il savait cuisiner, et aussi, qu’il était pour la fidélité dans le couple (alors que majoriatirement, les gay néerlandais sont en couples libres). en le regardant parler, j’aimais regarder ses lèvres sourire et le voir jouer avec ses cheveux qui paraissait si doux et donnaient envie de passer la main dedans…
A deux reprises il fut interrompu par un garçon de son âge, 26 ans, un peu replet, qui visiblement le connaissait et cherchait à retrouver son attention. Antoni l’envoya bouler assez durement pour revenir vers moi les deux fois.
– Tu as un prétendant on dirait.
– Oui je sais, mais il est lourd, il arrête pas de me tripoter à moitié, en me prenant par la taille, et c’est assez chiant. Les gens ne cherchent pas à se contrôler, comme dans les bars. Le simple fait d’y être, et on est censé être disponibles pour le tâtage, comme des frutis sur un étal.
Comme je ne suis pas quelqu’un de tactile et que j’ai toujours peur d’importuner les gens, j’avais visiblement fait bonne impression sur ce côté là.
– Mais toi, tu vois, ça me dérangerait pas. Je t’autorise.
Qui étais-je pour refuser un cadeau ? Sans excès, je le pris à plusieurs reprises par la taille, pendant nos discussions, quand ça me paraissait naturel. Le son battait toujours son plein, et nous restâmes deux bonnes heures à parler en tête à tête, en buvant des bières. Il me parlait de sa vie, de ses rêves et de son travail. Mais deux choses me déplaisaient chez lui. Sa tendance à l’égocentrisme, déjà. Je lui posais des questions, mais il ne m’en posait aucune. Ensuite, sa relation à l’argent. Il voulait en gagner plein. Il voulait être le meilleur et être riche. Mais je suis faible et superficiel, et malgré ces côtés clairement horripilant, je restai sous le charme de ce petit Rastignac et de ses sourires francs et engageants.
Ses amis finirent par partir diner, mais il me regarda et leur annonça qu’il préférait rester avec moi.
A 22 heures la musique s’arrêta. Il était temps d’aller boire devant les bars (les bars étant bien trop pleins). Avec Zane, Dennis, et sept autres de la bande, il fut temps de la transhumance vers Reguliersdwaarfstraat, la rue gay.

A ce moment là, j’avais perdu le compte des bières bues. « Beaucoup trop » semble la mesure la plus précise. Mais qui dit bière dit vessie, et en chemin je dis à Antoni que j’avais besoin de m’arrêter pour me vider.
– Au prochain pont il y a un urinoir public ! Faut que je m’arrête aussi d’ailleurs. On y va ensemble ?

Surpris, j’acceptai.
Nous étions donc là, tous les deux côte à côte, dans ce petit espace qui sentait un peu, et alors que nous éliminions la bière, il se tourna vers moi et me dit :
– J’ai très envie de t’embrasser.
Comme je déteste décvoir les gens, je penchai la tête, complètement incrédule face à cette situation bizarre, et nous nous embrassâmes, tandis que nous finissions d’uriner.
Cela ne prit pas longtemps. Il ne semblait pas que son kink soit de faire des trucs dans les toilettes publiques (merci, Dieu !), et alors que nous pressions le pas pour retrouver le reste du groupe, j’éclatai de rire en lui disant :
– Ca fera une belle histoire pour nos petits-enfants, [ajoutant d’une voix romantique] « notre premier baiser, c’était dans un urinoir ».
Il me demanda si parfois j’allais au sauna. Je lui répondis que non, je trouvais ça trop cher. La suite de notre histoire dans une cabine avec un coussin en skaï et un distributeur de gel sur la porte ? No way.

Il se fit timide à nouveau, et c’est une heure plus tard qu’il me dit de le suivre dans une ruelle et qu’il m’avoua qu’il n’était pas très à l’aise avec les marques d’affection en public. Aussi, le reste de la soirée fut entrecoupée de petits moments à s’isoler, assis le long du canal pour quelques roucoulades avant de rejoindre les autres.
Toujours complètement alcoolisés, nous parlions du sens de la vie, et de l’importance pour lui de gagner de l’argent, ce qui me fit sourire, alors il pensa que je me moquais.
– Non, mais tu as plus d’expériences que moi, tu dois me trouver jeune, stupide et naïf…
– Mais bien sûr que non. Déjà je suis pas si vieux que ça, hein, on arrête ça, et puis ensuite, qui suis-je pour savoir qui a raison ? Et puis  on s’en fout ! On profite et on a tous des objectifs différents ! C’est pas grave !

A une heure du matin, nous étions tous crevés, et ce fut le moment des au revoir. Je pris son facebook, mais aurais-je le temps de le revoir ?
Zane et Dennis prenaient un Uber pour rentrer, et je décidai de dormir chez Mitch. Son bar allait fermer dans quelques heures, et je l’avais à peine vu. Cela semblait normal de passer un peu de temps avec lui aussi pour King’s Day.
Je m’endormis dès que je fus posé sur le canapé mais le son de la clé dans la serrure me réveilla. Cinq minutes plus tard, j’avais à nouveau une bière et une cigarette à la main, et je prenais un petit rail de speed pour ne pas m’endormir.

A onze heures du matin, je m’endormis finalement, n’ayant dans le ventre que le kapsalon de vingt-quatre heures plus tôt et ayant filtré des litres et des litres de bière.

 

Questions subsidiaires

  • Niveau premier baiser, on peut dire que j’ai tiré la palme du romantisme, hein ? Ou vous avez déjà égalé, fait mieux/pire ?
  • Je n’ai pas envoyé de message à Antoni, parce que j’ai pas envie qu’il pense que je suis gaga et que je vais lui courir après. Marre des gens mignons qui laissent les autres faire tout le boulot !
  • Est-ce que les hommes qui viennent te mettre la main aux fesses, ou la main au panier, ou t’attrappent par la taille dans les bars gay, c’est #MeToo ?
  1. Johnson Johnson

    Il y a une petite coquille dans l’avant-dernier paragraphe  » je NE prenais PAS un petit rail de speed ».

    De rien !

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