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45. Le jour où JR se sacrifia pour moi

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Le soleil et le long weekend avaient ralenti le rythme parisien. Les petits groupes et couples flânaient, dans un babillement international d’enfants, de shorts, et de tongs. Je m’étais dépêché de peur d’arriver en retard, mais j’étais finalement en avance devant le Grand Palais. Étonnamment, l’entrée principale était vide de ces files d’attente que l’on y connaît. Songeur, je réfléchis à cet article lu peu de temps auparavant qui racontait comment au début des années 60, Le Corbusier avait voulu raser une bonne partie de la rive droite pour en faire des gratte-ciel. Le Grand Palais faisait partie de ces bâtiments qu’il voulait remplacer.

Enfin Jon Ross arriva, en me faisant de grands signes dès qu’il me vit.
– Wow, Escrivaillon ! Mais tu t’es fait beau !! C’est pour moi que tu as fait ces efforts ? Je vais être flatté, fais gaffe !
Je balbutiai une réponse, pris de court. Mais effectivement, nous nous étions quasiment toujours vus à la salle de gym, avec mes vieux tee shirts fânés et mes pantalons de survêtement. Ce jour-là, en revanche, je portais un jean stretch, et une chemise blanche qui mettait en valeur ma peau déjà bronzée. Ajoutez à cela que j’avais mis du gel dans les cheveux, et mes lentilles sur les yeux, ça me fis rireuh ♪. Bref, j’étais habillé classiquement, mais pas en sportif. Jon Ross ne cessait de me regarder sous toutes les coutures.
– Ca te va vraiment bien, tu fais chic… Je vais avoir honte, déjà que tu me traînes dans un musée… La dernière fois ça devait être un voyage scolaire hahaha !
Je tentai de le rassurer en prenant la voix de Cristina Cordula.
– Mais keskétoudis ! Tu es magnifaïque ! Attends, entre le polo qui accentoue ta cambroure, et le bermouda décontracté mais élégant, c’est un 10 sour 10 ! C’est toi la reine dou shopping !
(Ne me demandez pas comment je connais cette émission, je nierai jusqu’à la mort l’avoir déjà regardée)(en replay).
Il me regarda et finit par éclater de rire en me disant que c’était la plus mauvaise imitation qu’il avait jamais vue. Mais allez, je n’allais pas bouder, c’était pas grave ! Il me prit par l’épaule et me donna deux faux coup de poing. Mon dos se raidit d’un coup, je n’étais pas tactile avec beaucoup de gens. Je pense qu’il s’en rendit compte car il changea de sujet.
– Bon, alors, qu’est-ce qu’on va voir exactement ?
– Alors je sais pas trop trop. C’est un artiste électro français, qui fait plutôt des mélodies douces, pas chill, mais plutôt introspectives, et il fait partie d’un projet artistique qui s’appelle « It’s Alive » et qui est présenté hier soir et aujourd’hui pour la première fois, donc ça va sûrement voyager ailleurs, je sais pas trop…
JR prit une longue inspiration en me regardant dubitative.
– Il faut vraiment que je sois super amoureux de toi pour t’accompagner
– Mais arrête, t’es con ! De toute façon ça va durer qu’une demie-heure, si tu aimes pas, tu seras délivré rapidement.
Quelques minutes plus tard, nous étions dans l’auditorium du Grand Palais. A côté de la porte, au fond de la salle, plusieurs personnes étaient assises autour d’une console. Parmi ce petit groupe, je reconnus le compositeur français que nous avions aperçu une fois rapidement avec Klervi, à la Clairière (ce club trop nul et trop cher perdu dans le bois de Boulogne).
En face, sur scène, plusieurs instruments disposés. Piano droit, plusieurs trucs bizarres, un xylophone, des percussions et une batterie disposée un peu bizarrement, le tout devant une rangée de tubes blancs qui rappelaient un orgue. C’est alors que me souvenant des expositions du moment, je compris plus ou moins qui allait se passer…
La salle fut plongée dans l’obscurité, mais sur scène, personne ne s’approcha des instruments. Soudain, les notes de piano commencèrent, et les touches de l’instrument étaient en train de bouger. It was alive. Une à une, les lumières montraient chaque note sur chaque instrument robotisé. Les notes s’envolaient dans une ritournelle au thème qui paraissait simple mais s’envolait en plusieurs variations instrumentales et mélodiques, et rappelait un peu la Valse d’Amélie dans cette fausse simplicité, et cette apparente gaieté qui pouvait facilement devenir nostalgique. A ma gauche, JR avait les yeux équarquillés essayant de saisir toutes les notes lumineuses, et il se tourna vers moi pour me dire qu’il appréciait en un hochement rapide de tête. Cela me fit sourire. Une fois le premier morceau et les applaudissements terminés, la musique reprit pour 25 minutes sans interruption, dans une succession de morceaux aux humeurs différentes. Incapable de résister, je bougeais les mains, et la tête au rythme du piano pour ce morceau, ou le rythme de batterie pour celui-là. Jusqu’au pénultième morceau, qui ressemblait à Home is Where I Am.

Je ne sais pas pour vous, mais parfois, la musique me rappelle des émotions, et dans ma tête s’assemblent des images, des clips, et présentement, j’étais dehors sous la pluie, en train de courir, saisi d’une douleur profonde et presque désespérée. Je me revis au bord de la rivière Amstel, marchant sous la pluie vers mon vélo, et Simon, qui courait derrière moi, me suppliait de ne pas le quitter. Et mon coeur qui se déchirait en lui disant que c’était la meilleure chose à faire. Je revoyais son regard, ses yeux si tristes, et je n’avais qu’une seule envie, celle de faire ces trois pas qui nous séparaient pour le serrer dans mes bras et enfouir mon visage dans son cou, et tout oublier, faire disparaître le monde autour de nous. A la place c’est moi qui avais disparu, j’avais pris mon vélo et j’étais parti…
Oubliés Superpoze, JR, et les gens assis autour de moi. La musique m’avait transporté dans le temps, plusieurs années en arrière et je revivais cette douleur vive.
Lorsque quelques minutes plus tard la lumière fut rallumée, j’étais toujours transi, et il me fallut quelques secondes pour me concentrer et revenir dans le présent. J’affichai un sourire à JR, et en nous échappant de la salle, je sortis un très vague « C’était chouette, hein ? ».
Si JR n’allait pas forcément écouter l’album en rentrant chez lui, il n’en demeurait pas moins heureux d’avoir découvert quelque chose de nouveau.
– Bon, allez, pour te remercier, je t’invite à prendre un verre.
Nous nous dirigeâmes vers le Marais, où il avait ses quartiers. Il fit la bise à deux serveurs, puis nous étions attablés au soleil, avec une bière chacun.
– Tu as eu l’air un peu bizarre à la fin, quand même. Je me suis demandé si ça allait.
– Oh, euh, rien de particulier, c’est juste que la musique était un peu triste. J’ai tendance à vivre un peu trop fortement ce que j’entends.
– J’ai vu ça ! tu arrêtais pas de gigotter dans tous les sens ! Faudra qu’on aille en boîte un jour !
– Oui, carrément !

Nous parlâmes pendant plus de deux heures, plaisantant, commentant les looks des passants, parlant des attentats et de l’Eurovision, de la famille, et de films. Les sujets s’enchaînaient, et les bières aussi.

C’est un peu saouls que nous quittâmes la table.

Je m’apprêtais à traverser quand je l’entendis pousser un petit cri.

Cela sembla prendre plusieurs minutes, mais tout se passa en quelques secondes.

J’avais mis un pas sur la chaussée et une voiture grise roulait vers moi, à un mètre.

JR m’attrappa par le bras, et nous fit pivoter pour me remettre sur le trottoir à temps, mais il se prit le rétroviseur dans les côtes durant l’opération.

Autour de nous, les passants ne s’arrêtèrent même pas, ils ne firent pour certains que relever leurs yeux de leur téléphone une courte seconde avant de s’y replonger.

– Aïe, putain !
– Merde, JR, ça va ?
– Oui, pars, ne t’occupe pas de moi, tu dois… continuer… m’oublier… euuuaaaarrh (gémissement de mourant)
Je me mis à rire.
– Mais arrête, sois pas con. Sérieusment, ça va ?
– Bah oui, ça va, elle allait pas si vite. Je pense pas avoir quoi que ce soit de cassé.
Un léger froncement de sourcil trahissait qu’il avait mal, mais il avait son sourire et sa bonne humeur habituelle.

Pour la peine, je l’invitai à dîner dans un resto de sushi à côté. et une heure plus tard, il avait oublié qu’il avait eu mal.

Mais je dois avouer qu’en me couchant, cela faisait beaucoup d’émotions à intégrer et je me trouvai un peu perdu.

  1. Je sens que lorsqu’il va te montrer son » bleu de guerre » au prochain cours de sport en relevant son T-shirt, Brad va passer derrière, tomber follement amoureux et ça va être le bordel des relations en triangle.

    Tu regarde trop de soaps coréens, ça suinte dans ta vraie vie. 🙂

    • Escrivaillon Escrivaillon

      Jamais regardé de soap coréen, tiens. A part Dramaworld. Du coup, je vois ce que tu veux dire ^^

  2. Haaaaaan ! JR a découvert Superpoze un peu grâce à moi finalement ! (Comment ça, j’essaye honteusement de m’incruster dans cette blogonovela !?)

    • Escrivaillon Escrivaillon

      Pas honteusement, je te cite quand même !

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