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Ne plus résister

Amandine Van de Kerk 0
Amandine Van de Kerk

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Maman exilée aux Pays-Bas
Amandine Van de Kerk

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C’est quand même tordu la vie quand on y pense. Parfois, on a l’impression que tout va mal, qu’on ne réussira jamais à survivre tellement les épreuves semblent insurmontables… Et puis parfois, tout semble juste parfait… Depuis quelques jours, c’est comme si je voyais le monde à travers un filtre rose bonbon.
C’est comme si tout ce qui me stresse d’habitude ne me fait plus aucun effet. Si je vivais dans une bande dessinée à la Astérix, il aurait des petites fleurs dans les bulles, quand je parle. Même Wouter, celui qui bosse dans le développement des sites et que je ne peux pas piffrer ne me paraît pas aussi tête-à-claques que d’habitude. Avec ses petits airs supérieurs et sa façon de montrer qu’il est le seul à travailler correctement, j’avais envie de le… Bon, visiblement, il continue à m’énerver. Je ne suis pas incurable.

Hier soir, en me couchant, je me suis demandé ce qui n’allait pas chez moi. Ou plutôt, j’ai essayé de comprendre pourquoi tout allait si bien.
J’ai été élevée dans une famille très pratiquante. La Bible était importante à la maison. Mes parents vivaient humblement et dévotement. J’étais leur seule enfant, alors forcément, ils m’ont transmis leurs préceptes. Il ne fallait pas pécher. C’est un peu comme si pour eux, une partie de la vie se passait dans une atmosphère pénitente, sans fêtes, sans éclats.
Même si j’étais bonne élève, j’étais curieuse de la vie, et j’ai souvent eu l’impression d’aller contre eux, même si je n’avais aucune envie de les défier. Je ne comprenais juste pas pourquoi je devais suivre autant de règles ! Comme toutes les ados au lycée, j’étais attirée par les garçons, et ça me semblait plutôt normal… Par exemple pour moi, m’asseoir à côté de Sébastien dans le bus, après les cours de musique, c’était déjà un transgressif.
Malgré tout, à cause de cette éducation religieuse, l’adultère était probablement l’un des « commandements » que je ne me voyais jamais enfreindre. C’était quelque chose de grave. Et puis quand j’ai épousé mon mari, je croyais que comme mes parents, on resterait toute notre vie ensemble, amants et complices, et je ne m’étais jamais imaginée vouloir chercher quoi que ce soit ailleurs !
Et puis là, finalement, je suis à mon bureau en train de sourire bêtement en repensant à ce baiser de Roman sous l’escalier.

Alors où en est-on ?

Après le premier baiser qui m’avait mise dans tous mes états, je l’avais fui et mis à distance. Et puis quand je me suis dit qu’il allait retenir la leçon, j’ai baissé ma garde et je me suis remise à rigoler avec lui au téléphone et par Skype, pendant ses déplacements chez les clients. Mais il a cru que j’étais enfin prête à accepter ses avances alors il m’a embrassée encore, et je me suis rendue compte que je ne voulais pas lutter.
Comme les autres au bureau ne parlent pas du tout français, on se téléphone dans cette langue, Roman et moi. Je rigole, je le taquine, et en entendant le son de sa voix, je retrace mentalement les traits de son visage. Son sourire, ses lèvres, douces, qui m’effleurent et m’embrassent, encore et encore…
– Tu devrais venir passer le weekend chez moi, à Breda !
– Tu es fou ? Comment je vais trouver une excuse ?
– Je ne sais pas… Tu n’as pas envie de passer du temps avec moi ?
A l’autre bout du téléphone, j’entends le bruit du moteur. Il conduit. Et quand il me fait sa petite voix, je n’ai plus envie de trouver des raisons pour fuir cette attirance. Alors je lui ai dit « ok ».
Je n’ai pas eu besoin de prononcer ces lettres très fort. Il a commencé à parler plus vite, à rire aussi. Il voulait faire tellement de choses.
– Tu viendras en voiture ou en train ? Tu préfères manger au restaurant ou à la maison ? C’est mieux si je te fais un bon petit repas non ? Qu’est-ce que tu aimes ?  Qu’est-ce que tu n’aimes pas ?
On aurait dit un enfant qui prépare sa visite à Disneyland ! Et je me sentais super bien.

J’ai eu un peu d’appréhension, bien sûr, quand j’ai dit à Menno que j’allais passer le weekend chez Chris. J’avais attaché mon vélo dehors, mais je suis restée un peu dehors, en train de réfléchir comment j’allais faire. Mais je n’avais pas le luxe de rester indéfiniment sur le pas de la porte. Alors j’ai pris une grande inspiration et je me suis lancée.
– Coucou ! ça va ? la journée s’est bien passée ? Je suis désolée, je vais aller passer le weekend chez Chris, il est un peu malade et je lui ai proposé de m’occuper de ses courses et de la cuisine pour qu’il puisse reprendre des forces…
Alors là j’étais moi-même surprise. Le mensonge était venu d’un seul coup, je n’avais rien préparé, et ça passait plutôt bien. Menno allait pas refuser que je prenne soin de mon meilleur ami.
Qui étais-je en train de devenir ?
La question s’est posée encore le lendemain, quand j’ai préparé mon sac et que j’ai fait un gros bisou à mon fils en lui disant que Maman ne rentrerait que dans deux dodos.
Où était passée ma culpabilité ? Est-ce que j’avais perdu tout sens moral ? Je n’avais même pas prévenu Chris parce que je ne savais pas ce qu’il allait dire…

A la fin de la journée de travail, vendredi soir, j’ai donc été me changer rapidement. Je me suis occupée du maquillage dans la voiture, et je suis partie en direction de Breda C’est à l’autre bout du pays, au sud, mais ça prend à peine plus d’une heure depuis Amsterdam. Le long de l’A2, les tours et le stade de Arena font place aux arbres et aux talus recouverts de gazon. Sur Sky Radio Adèle chante Water Under the Bridge et j’ai l’impression qu’une page de ma vie est en train de se tourner. Mais qu’allait donner le prochain chapitre ?

Roman habite dans le centre ville, à quelques rues de la grande Eglise. Je n’ai plus l’émerveillement des premières années. Un canal, une église, un Hema et un Gall & Gall, je suis toujours aux Pays Bas ! Breda a quand même quelque chose de différent : ses terrasses. C’est déjà un peu la France, aux premiers rayons de soleil, tout le monde est dehors, en terrasse autour de bières ou de cafés. Mais surtout de bières. Mais je ne suis pas venu pour le tourisme et je remarque à peine la jeunesse de cette ville étudiante.
Je suis un peu fébrile et excitée en me retrouvant dans la bonne rue, puis devant la porte de chez lui.
Il ouvre, me regarde, et se pince le bras.
– Je n’ai pas le choix, je dois vérifier que je ne rêve pas !
Il est beau avec ses yeux clairs qui me contemplent sous toutes les coutures.
– Enfin, je peux te regarder prendre mon temps, ne pas me cacher !
Et sur ces mots il m’embrasse.
– Allez, rentre ! Tu veux une bière ou du vin ? Si tu as faim, je me mets en cuisine tout de suite ! C’est dommage que tu ne sois pas venue la semaine dernière pour le festival de jazz ? Tu aimes le jazz ? Mais attends, d’abord je te montre mon chez-moi !
Son appartement est au premier étage et est plutôt spacieux et décoré sobrement. Il me tient la main depuis tout à l’heure et ne la lâche plus.

Finalement, nous vidons une bouteille de rouge en mangeant le canard teriyaki et le mélange de légumes japonais du Albert Heijn, puis un fondant au chocolat.

– Si tu veux, j’ai téléchargé un film qu’on peut regarder ensemble dans le canapé !
J’acquiesce, je suis d’accord, bien sûr.
Je ne me rappelle même plus du film tellement nous sommes passés à autre chose en cinq minutes.
Je le regretterai sûrement, mais je suis heureuse d’être dans ses bras.

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