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48. Image de soi

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Il paraît qu’il y a quelques années, les portables n’existaient pas. On s’appelait sur des téléphones installés dans le salon, on laissait des messages sur des bandes magnétiques, et quand on envoyait une lettre, on n’attendait pas de réponse avant plusieurs jours.
La technologie avait changé le quotidien, mais également les relations sociales. Ne pas répondre à un texto dans les dix minutes était un signe de mépris ou passif agressif, mais pour un crush il fallait laisser un peu de temps pour ne pas paraître trop ceci ou trop cela. On surveillait désormais les « dernière connexion à xxhxx« , les accusés de réception et de lecture et les bulles avec trois petits points qui indiquaient que de l’autre côté, le·a destinataire était en train d’écrire. L’attente était devenu impatiente, stratégique, et n’avait plus grand chose de naturelle.
J’avais l’impression de me toruver un peu entre les deux. Je voulais suivre mon coeur et refuser ces diktats qui nous écartaient d’un chemin plus juste et honnête, mais en même temps, je savais bien que tout le monde s’attendait à ces codes, et que s’en départir pouvait effrayer ou éloigner les gens aimant ces pactes sociaux.
Alors j’avais envie de répondre à Brad « ok ça marche ! Cette semaine, je suis dispo vendredi soir et samedi, si ça te va ».
Mais en même temps, j’avais peur de paraître trop en attente, et de passer pour un mec un peu chiant qui n’a pas de truc de prévu pour son week end. Oh et puis merde, s’il me mettait dans une boîte juste à cause de ça, ça n’irait pas très loin de toute façon.
Je pris une longue inspiration, pour essayer de me détendre. « Sois naturel, sois toi-même, arrête de vouloir paraître ceci ou cela, ça ne sert à rien ».
Et sur ce mantra, j’appuyai sur ‘envoyer’.

Brad Now
Je finis un peu tard vendredi, mais si ça te va, je suis libre.

Tu sais, autant le fait de lui dire bonjour à la salle de sport, ou de croiser son regard la première fois m’avait transporté dans l’espace, autant, cette fois-ci, ça devenait très réel. Je ne sais pas si tu comprends ce que je veux dire… Toutes les fois précédentes, les petits signes que je voyais ou interprétais me servaient pour bâtir cette romance imaginaire, cette histoire merveilleuse où nous danserions la valse au clair de lune (enfin je suis pas bon en valse, donc un madison au clair de lune… C’est moins romantique, hein ?)… Là, c’était autre chose. J’allais passer un moment avec lui. En tête à tête. Et j’avais beau être content, j’étais surtout effrayé.

Devant le miroir de la salle de bain je regardai tous mes défauts. Cet oeil un peu plus bas et fermé que l’autre, ces cernes atroces, et puis j’avais du poil dans le nez, et j’avais rasé ma barbe, je trouvais ma lèvre blanche (partie au-dessus de la lèvre) trop arrondie et tombante. Ma peau brillait et j’avais quelques points noirs.
Si quelqu’un a une recette pour arrêter de ne voir que ses défauts je suis clairement preneur. Parce qu’à ce moment-là, je me disais juste que j’étais stupide d’avoir vraiment contacté Brad. La fantaisie était jolie, mais j’étais rattrappé par toutes mes insécurités à présent, et je m’étais métamorphosé de façon kafkaïenne. J’étais vilain. J’étais un monstre.
Je fus content d’aller travailler pour penser à autre chose, un peu, mais si vous veniez à ouvrir l’historique de mon moteur de recherche (http://chumhum.co.uk/ ), vous y trouveriez tout, depuis « poser des facettes en hongrie » jusqu’à « abdominoplastie quels risques ».

***

Le lendemain, j’avais rejoint JR à la salle. Il me parla encore du concert, et qu’il avait trouvé ça chouette, et que finalement, il aimerait bien que je lui fasse découvrir d’autres trucs. « Après tout, les musées, c’est peut-être pas si terrible ! »
Je n’écoutais ce qu’il me disait que d’un oreille distraite, et il s’en rendit compte. Il bouda un peu, mais je soupçonnais que c’était juste pour voir si je m’en rendrais compte.
– Je suis désolé, JR, je suis juste un peu ailleurs.
– Pourquoi, il t’st arrivé quelque chose ?
– Non… Parfois j’ai juste l’impression que je ne serai jamais assez.
– Assez quoi ?
Je me repris, conscient de plomber l’ambiance.
– Jamais assez musclé ! Redis-moi les bases pour les protéines ?
JR fut content de développer ses connaissances en matère de diététique. Qu’est ce que je mangeais ? Combien de fois ? Quel type de protéines ? Ah oui, ça n’était pas trop mal mais on pouvait faire mieux.
Il passa la demie-heure suivante à me donner des conseils, et à me proposer des recettes.
La salle était presque déserte, et nous pouvions passer d’une machine à l’autre en papotant sans nous soucier de quoi que ce fut.

J’aurais aimé lui demander conseil, lui parler de Brad, et de mes inquiétudes. Mais malgré notre amitié, je sentais que lui parler de mon attirance pour quelqu’un d’autre pourrait l’attrister. Mes autres amis étaient tous et toutes en train de traverser des moments bien plus importants dans leurs vies (Amandine venait de se lancer dans une histoire compliqué, Laure avait des problèmes avec son divorce, et Solène était au bord du burn out), je me sentais un peu seul sans savoir vers qui me tourner. Surtout que les autres me connaissant amoureux deux fois par an, n’auraient pas compris mes doutes…

A la fin de la séance, douchés et rhabillés, JR me demanda si je voulais boire des coups avec lui, vendredi soir.
– Désolé mon grand, j’ai déjà un truc de prévu !
– Hummmm… Avec qui ? Un prétendant ?
– Non, non, juste un pote !
– Ok, bon, ben peut-être ce weekend, alors ?
– Oui, on verra, je ne sais pas encore trop ce que je vais faire. De toute façon on se revoit demain pour s’entraîner ?
– Yes bébé ! Même heure que d’habitude !

Une bise rapide et nous partions chacun de notre côté…

Pourquoi est-ce que je me prenais autant la tête pour un verre avec Brad ?

 

  1. Vikler Vikler

    Vendredi c’était avant-hier ?

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