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49. La déception amoureuse

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Je n’avais pas dormi beaucoup. Je m’étais tourné et retourné dans tous les sens jusque tard dans la nuit. Il faisait chaud, et mon cerveau me conduisait comme un bolide dans toutes sortes de directions, ne me laissant le temps de me concentrer sur rien mais en me faisant penser à tout. Et vendredi n’était que dans quelques jours…
Je m’étais donc levé à 6h, cassé, énervé, frustré de ne pas réussir à me reposer correctement.
Je tournais tellement en rond dans mon appartement, que je fus prêt avec une heure d’avance pour aller à la salle, rejoindre JR. N’en pouvant plus, je partai en avance, me convaincant que courir sur un treadmill me viderait la tête.

En arrivant vers la salle de sport, je vis une silhouette assise sur les marches d’un perron. Ses cheveux cachaient son visage baissé, mais je reconnus de suite le physique svelte et sportif de Veronica et son pantalon de jogging jaune vif. Autant vous dire que je pris mon téléphone pour faire semblant de lire quelque chose pour éviter de lui parler. Mais alors que je la passais, je compris qu’elle était abattue, et semblait avoir pleuré. Je n’avais clairement aucune affection pour elle. Mais la voir ainsi prostrée me fit de la peine, et je m’arrêtai.

– Hey, salut Veronica, ça a pas l’air d’aller très fort. Je peux faire quelque chose ?
– Si tu sais pourquoi tous les mecs sont des connards, je suis preneuse.
Elle avait relevé son visage, et malgré son mascara qui faisait ressortir deux émeraudes électriques, elle avait les paupières rouges. Sa phrase était partie comme un coup de fusil, sans prévenir, sans excuses, mais plus que de l’animosité, c’était de la douleur qui enserrait sa voix. Elle finit par vraiment me voir.
– Ah, excuse-moi… Escri, c’est ça ? Je suis désolée, je… Je ne voulais pas te dire ça…
Quand ils sont blessés, les gens ont tendance à repousser les gens, pour ne pas montrer leur faiblesse. Mais ici, Veronica ne m’avait pas fait comprendre qu’elle préférait être seule. J’avais même l’impression qu’elle avait laissé traîner sa voix en une pause qui attendait quelques chose.
Peut-être par fatigue ou  par espoir de penser à autre chose, je m’assis à côté d’elle.
– Si tu veux, tu peux me raconter… Ou pas… En tout cas je suis là…
Elle tourna son visage vers moi avec de une surprise mêlée à de la méfiance. Comme un chat, elle me jaugeait, me dévisageait, ne sachant pas si elle devait me traiter en ami ou ennemi. Mais bien qu’elle fût sur ses gardes, ses lèvres frémissaient et semblaient vouloir libérer quelque chose.
– Je… Je ne sais pas trop… Pourquoi ça t’intéresse ? ajouta-t-elle, réticente.
– Euh… Ca ne m’intéresse pas vraiment, en fait, je sais juste que quand je vais mal, parfois, j’aimerais que quelqu’un s’arrête et me dise que je suis pas tout seul…
Ses traits se changèrent, elle me regardait avec incompréhension désormais, comme si essayant de comprendre ce que je lui avais dit. Elle replongea les yeux dans le sol tout en reniflant, et ne dit plus rien. Je regardais la façade du bâtiment en face, détaillant les rambardes aux fenêtres, les rideaux, me demandant comment étaient les gens à l’intérieur, et si la lourde porte marron s’ouvrirait pour laisser sortir l’un ou l’une des occupant·e·s… Est-ce que je devais partir ? Ou bien rester encore un peu plus longtemps ? Je n’avais rien de prévu, et JR n’allait arriver qu’une trentaine de minutes plus tard. Le silence ne dura pas plus de 5 minutes, au final. Toujours tête baissée, jouant avec ses ongles, Veronica finit par parler. Sa voix était neutre, calme, et grise.
– Il n’y a pas grand chose à raconter… J’avais rencontré quelqu’un il y a quelques mois, je pensais que ça se passait bien, et en fait il m’a laissée tomber parce qu’il a préféré retourner avec son ex.
– Celui qui avait un boulot chiant ?
Elle releva la tête d’un coup, le regard sombre et inquiet.
– Comment tu le sais ?
– Tu nous en avais parlé quand on prenait un verre avec JR il y a deux-trois semaines. J’ai pas tout retenu mais je crois qu’il était comptable ou un truc du genre, non ?
– Ah… euh… oui… j’avais oublié que j’en avais parlé…
De sa main droite, elle pinçait et écrasait les doigts de son autre main dans un mouvement de nervosité. Elle reprit, en faisant des pauses entre chaque phrase.
– C’est juste que j’ai l’impression de ne rien valoir… Les mecs me tournent autour, ils me font croire que je suis géniale, et puis à chaque fois c’est la même chose. Au bout de quelques fois, ils se cassent, me laissent tomber, je les intéresse plus… J’ai tellement une personnalité de merde que personne ne veut vraiment de moi…
Je tentai de la réconforter, sans trop savoir comment, je ne la connaissais tellement pas…
– Mais est-ce que c’est bien grave, avec lui ? D’après ce que tu nous avais raconté, il était chiant, vous aviez pas grand chose en commun…
– J’en sais rien. D’habitude, je sais que je tombe sur des connards, donc là, je m’étais dit qu’avec quelqu’un de normal, ce serait plus facile… Je pensais qu’il serait plus facile à garder… Ou que je m’attacherais moins… Je sais pas…
– Bah… Il est con… Il en trouvera pas d’autres, des filles aussi belles que toi…
Entre toi et moi, je m’étais un peu déçu de sortir une telle phrase bateau. Déjà, je ne trouvais pas d’autre critère que sa beauté pour la mettre en valeur, mais en plus, on sait tous que ce genre de vérité ne fait pas se sentir mieux.
– Merci Escri, me dit-elle dans un soupir. Mais au final, l’apparence, ça ne fait pas tout… Il m’avait dit qu’il n’avait jamais été avec une femme comme moi quand on a commencé à se voir, que j’étais son fantasme absolu… Et puis il y a deux semaines, il m’a dit qu’il pensait encore à son ex. J’ai vu ses photos. Elle est jolie… Ronde, mais jolie… Et déjà, ça m’avait énervée. Mais là, ce matin, alors que je lui demandais plus d’explications, il m’a dit qu’il ne me voyait pas comme la mère de ses enfants… Il me trouve froide et me dis que je le complexe… Je sais que je ne suis pas la meuf la plus féminine du monde. Et je pense pas être prête pour avoir des enfants, mais la façon dont il l’a dit, j’ai eu l’impression que j’étais une ratée, que je mérite pas la vie de couple et les gosses…
En effet, Veronica, je l’avais déjà dit, avait plus une énergie d’amazone que de mère au foyer. Elle exsudait la force, et la volonté. On aurait une sorte de Xena, sans cuir et sans gros seins. Mais toute aussi conquérante. Je mle demandai également si c’était à cause de cela qu’elle avait été aussi méprisante et conne face aux personnes en surpoids. Est-ce qu’elle avait juste eu besoin de cracher une peine ? Est-ce que si c’était le cas, ça ne nous était pas arrivé déjà à tous et toutes ? J’avais moi aussi été sévère face à une phrase entendue, et j’étais content d’en savoir un peu plus pour rectifier ma vision un peu trop étriquée et bien-pensante.
-Dis, Veronica, tu veux qu’on aille se poser au café, plutôt que de rester là dehors ?
Elle sembla prendre conscience de la réalité et se leva presque d’un bond.
– Non, je suis bête, je ne peux pas, je suis censée être disponible pour le plateau muscu… Je ne devrais même pas être là !
– Bon, et bien viens, on va ensemble à la salle, et on s’y prend un café. Comme ça tu es en poste, au moins.
Je regardai ma montre et ajoutai que JR n’arriverait que 15 minutes plus tard, j’avais le temps, encore.
– Je te remercie en tout cas de m’avoir écoutée.
– Bah, j’ai rien dit de très intelligent…
– Non, mais c’est bizarre la façon dont tu t’es arrêté pour m’écouter. On se connaît pas vraiment… Tu sais, avec les mecs, j’ai toujours l’impression de devoir crier pour exister, pour qu’on m’écoute. Ils me posent rarement des questions, me parlent d’eux uniquement. Une fois, avec celui d’avant, je suis tombée malade. Quand je lui ai dit que je me sentais pas bien, il m’a répondu un truc du genre « tu me préviendras quand tu seras guérie, j’ai hâte de te revoir ».
– Putain, c’est moche…
– Ouais. J’étais à terre. C’est pour ça qu’avec le comptable, je pensais que ce serait quelqu’un d’un peu mieux, de moins égocentrique…
Sur ces mots, nous étions arrivé·e·s à la porte de la salle.
– Escri, je compte sur toi pour ne rien dire. Je vais aux toilettes arranger mon visage. A tout de suite.
Elle partit tel un souffle dans le couloir, tandis que je saluai Laura et me versai un café.
Quelques minutes plus tard, elle revint, son visage à nouveau lumineux. Elle se mit derrière le comptoir, en face de moi et me demanda :
– Et alors, avec JR, quand est-ce que vous officialisez ?
– Je… Mais, euh, non, on est juste potes !
– Vous êtes toujours fourrés ensemble, et puis, il est mignon, non ? Il te plaît pas ?
– Si… Si… Il est très mignon…
– Et bien alors ? Parce que j’ai l’impression que tu lui plais bien, pas vrai Laura ?
Laura acquiesça, un sourire complice aux lèvres.
– Ou alors, continua Veronica en fronçant les sourcils, tu sors avec Brad ? Vous faites le cours de Poump ensemble maintenant..
Grâce à ma peau bronzée, personne ne put voir que j’avais rougi. Je ne sus pas quoi répondre, alors je portai le gobelet à ma bouche. Elle n’avait pas fini sa phrase, de toute façon :
– Franchement, si tu me dis que tu es avec Brad, je t’en voudrai à mort ! Je l’ai repéré dès qu’il a commencé à s’entraîner. Pas vrai Laura ?
Laura remua la tête en disant qu’elle ne prenait pas parti. Essayant de noyer le poisson, je fis des yeux de merlan frit vers Laura en disant que c’était elle qui faisait battre mon cœur et qui me rendrait finalement hétéro. Cela amusa tout le monde, même JR quand il arriva deux minutes plus tard et que Veronica lui raconta la blague.

Une fois aux machines JR se montra curieux.
– Vous êtes devenus potes maintenant, Veronica et toi ?
– Oui, je crois que je l’avais mal jugée.
– Comme quoi tu peux changer d’avis sur les gens, c’est encourageant…
Il avait sortie cette phrase avec un sourire narquois, et je fis semblant de bouder.

Mais tout cela ne vous raconte pas comment s’est passé le verre avec Brad, alors il va falloir revenir…

Questions subsidiaires :

  • Est-ce que Veronica, comme moi, est seule parce que les gens s’arrêtent à sa beauté physique et ne se rendent pas compte qu’elle est quelqu’un de sensible, drôle et intelligente et qu’elle mériterait qu’on lui offre des restos, des cadeaux et des coups à boire ?
  • Vous dites quoi, vous, à vos potes en peine de coeur parce que « tous les mecs say des cons » ? Parce qu’avec mes « tkt pas, ça va venir », j’ai l’impression de ne servir à rien.
  • Est-ce que j’ai bien choisi le titre pour te faire croire que mon date s’était mal passé ?
  1. Scheick_That Scheick_That

    – Possible, disons que l’inconscient collectif (les gens qu’elle qualifie de « normaux ») considère que les gens beaux sont dénués de profondeur, comme si la nature choisissait de donner l’un ou l’autre. On pourrait discuter des heures là dessus.
    – Trop de choses, mais en général a marche bien.
    – Très bien, si bien que j’ai hésité à continuer lire quand j’ai compris qu’il n’y aurait rien de plus.

  2. 1. Disons qu’en + d’être belle, elle est coach. Elle cumule les handicaps pour qu’on parvienne à croire qu’elle a des choses à dire.
    2. Pffff, éternel problème, rien de très pertinent sous le coude.
    3. Tu es si fourbe…

  3. 1) La majorité des mecs hétéros veulent du cul sans avoir à se taper la personnalité avec si possible. (Alors que les deux, c’est mieux, nous on le sait).

    2) « Les garçons, c’est pas des mecs bien. »

    3) Oui, petit fifrelin.

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