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50. Brad sue, Brad saoul ? (#1)

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Ouaip, c’est moi… Et vous demandez sûrement comment j’en suis arrivé là
Pour comprendre, revenons un peu en arrière. Vendredi matin, pour être précis. Creusant un peu plus mon découvert, j’étais parti dévaliser les rayons de la parfumerie de JR (pour son discount). Gommage, masque, masque capillaire, crème hydratante matifiante. Comme John Hammond, j’avais dépensé sans compter !
JR, en caisse s’était moqué de moi.
– Mais tu as pas peur d’en faire trop, juste pour un pote ?
– Euh, mais non, t’es bête, c’est pas pour lui, c’est juste que je trouve que je ne fais pas assez attention à moi. Certains sur Twitter disent que j’ai de l’acné, c’est vexant !
– Hahaha, mais qui te dit ça ?
Une fois rentré, telle une sorcière dans ses décoctions, je déballai tout sur la table, ouvrant les tubes et les bouteilles en plastique, humant, ne sachant pas comment j’allais m’y prendre…
Ma colocataire, que je ne croise que peu, au final, me vit avec tous ces produits et releva un sourcil, l’air un peu incrédule. Mais elle se garda de faire le moindre commentaire.
J’ai beau ne pas m’apprécier physiquement, je sais que je n’ai pas réellement de problème. Malgré tout, armé d’une pince à épiler, j’entrepris de retirer tel ou tel poil qui remontait un peu trop sur la joue, au dessus de ma barbe de trois jours. Puis eau chaude, puis produit, puis eau tiède, puis masque, laissez reposer, puis re-nettoyage, puis lotion et bidule et bordel de merde, je me trouvais nul, et j’étais sûrement plus en train d’abîmer ma peau qu’autre chose.
A 16h, je me rendis compte que j’avais complètement oublié de manger dans ma frénésie incontrôlable de tentative de maîtrise de mon corps. C’est un peu comme si une partie instable de moi-même avait pris le dessus sur ma raison. Il fallait toujours plus, toujours mieux, rien n’était assez ! Je ne comprenais pas d’où pouvait venir un tel comportement erratique. J’ai l’impression de toujours ressasser cette espèce de désordre intérieur, mais c’est justement parce que je vis assez mal de réagir bêtement alors que je me considère comme une personne intelligente et réfléchie. Cent fois, je voulus annuler. A la place, je décidai de rejoindre Laure à un vernissage.

L’air dans Paris manquait. Lourd, chaud, et moite, il avait rempli les voitures de métro d’une condensation qui collait à la peau et aux vêtements. Ma chemise moulait mon dos comme une ventouse humide. J’étais en avance. Je m’assis à la terrasse de la Brasserie l’Olive, sur une chaise en plastique inconfortable. Tout en écoutant à moitié la conversation des deux jeunes à côté, je descendis rapidement une pinte de Grolsch, cela me donnerait du courage. Je reçus également un message de Brad. Il me donnait rendez-vous à Montmartre vers 21h. Laure arriva et nous allâmes ensemble rue du Canada pour le vernissage d’une toute petite expo. Dans un petit local ayant vitrine sur rue, deux personnes exposaient des œuvres. Le premier artiste avait capturé le moment éphémère où par déchirement partiel d’une ou de différentes épaisseurs d’affiches, dans la rue, on obtenait une nouvelle composition, comme des collages, mais tout était aléatoire. L’autre avait reconstitué des petites saynètes architecturales de Paris en dessin et dans un travail de profondeur dans des petits cadres de 30x30cm. Les gens présents étaient surtout des amis et de la famille, et je me demandais ce que je faisais là. La tentative pour penser à autre chose ne fonctionnait pas très bien. Hop, je me repris une bière.
Laure tenta de me rassurer et de me dire que tout se passerait bien. De toute façon, je ne le connaissais pas, si ça se trouvait, au bout d’une demie-heure, il m’ennuierait.
– Oui, c’est sûr…
Alors pour me détendre, je repris une bière.
Mais le ciel s’était couvert et la pluie commença à battre le pavé. Fracassante, incessante, froide et accompagnée d’éclairs et de coups de tonnerre. Que n’aurais-je donné pour être resté chez moi…

Le local de l’exposition était pire que le sous-sol du Freedj un samedi après 2h du matin. On ne pouvait plus bouger, plus respirer. Je fis une bise à Laure et m’en allai.
– Mais tu n’as pas de parapluie !
– C’est pas grave ! Je me débrouillerai !
Cette soirée était déjà un désastre.
Il m’avait donné rendez-vous devant le Théâtre de l’Atelier, sur la butte Montmartre. Vu le temps, cela n’allait pas tourner en petite ballade au claire de lune à regarder la ville briller dans la nuit. Trempé, j’attendis sous le balcon de la façade du théâtre. Autour de moi, dans les rues désormais sombres, je voyais des gens marcher rapidement et courir en portant leurs vestes ou leurs sacs au dessus de leurs têtes. La pluie tombait toujours en étincelles de lumières sur le sol. Enfin, un parapluie arriva vers le centre de la place du théâtre, sans courir. Dessous, en costume léger, Brad me cherchait du regard.
Je vais te paraître stupide, mais à sa vue, je ressentis une sorte d’apaisement. Cette journée n’était pas si mauvaise, et même la pluie ne faisait après tout que laver en rythme l’air malade de l’après-midi. Je sentis mes épaules se relâcher un peu.
– Tu ne m’attends pas depuis trop longtemps ?
– Non, je viens juste d’arriver, mentis-je.
– Mais tu es trempé ! Viens vite, on va aller dans un petit bar de quartier que je connais, à deux pas.
Il me fit signe de le rejoindre sous son parapluie, il approcha son visage pour me faire la bise (ouiiiiiiiiiii !!!!!!!) et côte à côte, nous fîmes les quelques dizaines de mètres nous séparant d’un endroit chaud. Mais je fus surpris du lieu qu’il avait choisi…
Parce que je le connaissais bien aussi.
Dans l’escarpement de la rue des Trois Frères, nous avions passé la porte de La P’tite Soeur. Tout petit, tout cosy, sa déco de tabourets et tables dépareillé·e·s inspirait la modestie et le confort un peu rustique, celle où l’on n’a pas besoin d’être guindé ou superficiel. Brad posa son parapluie dans le coin à côté de la porte, derrière un tonneau qui servait de table. Autour de nous le bar était presque plein. En mode afterwork, plusieurs petits groupes bruyants de jeunes trentenaires piaillaient et riaient fort, dans un brouhaha qui n’avait rien de romantique.
– J’aime bien venir ici, me dit-il. C’est pas prise de tête. Tu veux quoi, je vais aller commander !
– Non, je vais y aller, pour la première, c’est moi qui t’invite.
– Bon, d’accord, alors je vais prendre un punch.
En m’approchant, Orlane, derrière le bar me reconnut et m’interpella.
– Hey Escri, que fais-tu là ? Attends, viens par ici que je te fasse la bise. Tu vas bien ? Ça fait longtemps que je ne t’ai pas vu.
Je répondis avec plaisir mais en essayant de rester bref. De toute façon, elle était occupée. C’est pour cela que j’avais insisté pour aller chercher les boissons. Je me serais senti bête de rester à une table sans lui dire bonjour.
– Et alors, tu veux boire quoi ? Tu es avec qui ? Laure ? Ta coloc ?
– Non, non ! Juste avec un pote du sport, là-bas !
– Ah, mais c’est Brad, je savais pas que vous vous connaissiez !
Elle lui fit signe auquel il répondit un peu fort « je viens te faire la bise tout à l’heure ! »
La coïncidence était remarquable. J’étais complètement scotché.
Je pris un punch et une vodka-maté puis retournai m’asseoir avec Brad. Lui aussi paraissait surpris :
– Mais tu connais ce bar ? C’est incroyable !
– Oui ! Je n’en reviens pas non plus. Je connais Orlane et son mari, je connaissais leur bar précédent, Porte Saint-Denis, et j’ai pas mal de potes qui viennent régulièrement ici.
Pour la première fois, j’avais le temps et la permission de le regarder sans le faire discrètement. J’essayai quand même de ne pas ressembler à un pervers prêt à se palucher en le regardant, évidemment… Il avait toujours ce petit sourire à la fois tendre et timide qui lui donnait ce charme incroyable, et bien qu’il me parlait avec naturel, ses yeux paraissaient toujours (même si moins qu’au début) un peu fuyants. Mais quand il me regarda dans les yeux pour me dire qu’il était content, malgré le temps, je me serais damné pour plonger dans ces iris d’ombre brûlée aux éclats de terre battue. Je l’écoutais à peine, tant j’essayais de retenir chacun de ses traits et ses lèvres qui m’ensorcelaient. Il était élégant dans sa petite chemise piquée gris clair qui mettait en valeur son corps mince, élancé, et charpenté à la fois. Il y avait aussi quelques petits poils qui cherchaient à s’échapper du bouton de col ouvert, et qui donnait envie de s’y perdre…
Jusqu’au moment où j’entendis le prénom de Franck. Je sortis de mes rêveries :
– Hein, pardon, tu disais ?
– Je disais que je connais cet endroit par mon pote Alexis et son ami Franck. Ils avaient un bar à Parmentier. Tu les connais peut-être ?
– Ah oui, ça me dit quelque chose… Ils ont fermé il y a quelques mois, c’est ça ?
– Oui, exactement.

Je me mordis l’intérieur des lèvres pour ne pas trahir la moindre émotion.
Comment aurais-je pu oublier Franck, mon ex…

 

Questions subsidiaires :

  • Friendzonage parce que choix d’un bar bruyant, ou encourageant parce qu’il voulait me faire découvrir un de ses endroits préférés ?
  • Putain, mais tu y crois ça, qu’il connaît mon ex ? Sur une échelle de « malaise » à « je me tire une balle », on se situe où ?
  • Le jeu de mot du titre, tu l’as ?
  • Je suis deeeeeeeeeeeeeeeeg’ (ce n’est pas une question, mais je fais ce que je veux)
  1. 1. NSPP
    2. Le monde est petit.
    3. On ne valide pas.
    4. « ces iris d’ombre brûlée aux éclats de terre battue », SÉRIEEEEEUX !!?

    • Escrivaillon Escrivaillon

      1. C’est pratique les avis extérieurs…
      2. -_-
      3. Tu es dure
      4. Oui bon, alors, dans ma tête je voulais dire « me plonger dans ses yeux marrons avec des tâches orange »et je me suis dit « tiens, si je regardais les couleurs sur google pour trouver plus de nuances et plus de poésie… La prochaine fois j’écrirai juste « Il avait des yeux. » et vous vous démerderez, hein…

  2. Je salue tout de même la référence à l’actualité tennistique 😀

    • Escrivaillon Escrivaillon

      la nuit était noire et brillante comme la combinaison moulante de Serena…

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