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Au restaurant de sushis

Amandine Van de Kerk 0
Amandine Van de Kerk

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Maman exilée aux Pays-Bas
Amandine Van de Kerk

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« J’aimerais qu’on aille à Paris, tous les deux… »
Quand il m’a dit ces mots, je ne savais pas quoi penser.
– Juste toi et moi, on pourrait se balader, et même aller à Disneyland, je n’y suis pas allé depuis des années. Tu sais, je t’avais dit que j’avais été Cast Member quand j’étais étudiant !
– Mais je ne peux pas y aller sans emmener Bastian. Il a trois ans, et je me verrais mal aller à Disneyland sans lui maintenant…
– Et bien on y va tous les trois !
Parfois, j’ai l’impression que Roman oublie que je suis mariée et que je ne suis pas libre de mes mouvements comme il le voudrait. Parfois, j’ai même l’impression que mon mari est une troisième personne dans cette relation avec Roman…
Déjà, quand il m’a dit ces mots, nous étions en train de manger à un restaurant de sushis. Et c’est sûrement bête, mais manger des sushis, c’était un peu notre rituel avec mon mari, depuis que nous avions passé ces vacances au Japon. A chaque anniversaire de mariage, et à chaque moment important, c’était notre petite escapade. Et ce soir, c’était Roman qui était avec moi.
– Ce n’est pas possible, voyons, comment je pourrais aller avec mon fils à Disneyland sans son père mais avec un collègue ?
– J’aimerais bien, moi, qu’on ait plus de moments entre nous, plutôt que de se voir pratiquement en cachette les rares fois où je viens travailler au bureau à Amsterdam.
Il a raison, je passe mon temps à mentir à mon mari, et à dire que je vais à Utrecht chez une amie et que je vais dormir chez elle. Ca fait aussi le piment de ces retrouvailles selon moi, mais je sais bien que c’est précaire. Chris, mon meilleur ami, me dit que mon mari doit se douter de quelque chose et laisser faire, ou bien mon mari est vraiment stupide. Je ne sais pas trop quoi en penser. Ca m’ennuie de penser que mon mari puisse passer pour un imbécile, mais en même temps, tout dans son attitude laisse à penser qu’il ne soupçonne rien.
De l’autre côté de la table, Roman donne l’impression d’attendre plus de moi. Même si je lui ai déjà dit que je ne pouvais lui donner davantage. Je pense qu’il essaie de toutes ses forces d’être patient, mais qu’il bout à l’intérieur, et c’est pour cela qu’il me propose une escapade amoureuse, en emmenant mon fils, comme s’il allait devenir le beau-père.
Je ne sais pas si l’idée m’enchante ou me fait peur.
Peut-être les deux à la fois..
Quand j’en ai parlé à Chris, il m’a regardé de son air paternel avec un sourire (alors que le gredin a dix ans de moins) et m’a dit :
– Tu as un coeur qui ne demande qu’à battre, à s’enflammer, et à rêver !
Peut-être.
Moi tout ce que je sais, c’est que je n’ai pas envie de foutre toute ma vie en l’air pour une passion  qui risque de s’arrêter du jour au lendemain. J’ai tout à perdre et si peu à gagner. Alors j’ai dit à Roman que « Peut-être, un jour… Mais pas maintenant ».
Je me sers de ces « peut-être » comme de boucliers qui protègent. La moindre décision peut tout modifier. En disant peut-être, je repousse les échéances, je n’interdis rien, mais je ne promets rien non plus. Et pour l’instant, Roman s’en contente. Même s’il a l’air un peu déçu.
Il a passé le reste du dîner à me raconter l’époque où il travaillait au parc, leurs fous rires, leurs soirées, et ce que nous ferions lui et moi, à travers les ruelles du parc, main dans la main, attendant pour faire le Big Thunder Mountain et le Space Mountain. Quand il m’en parle, je nous voit, et en effet, tout paraît simple. Lui et moi, comme un couple normal, là pour s’amuser et créer des souvenirs, une complicité que déjà nous avons au quotidien…

Et puis il y a le sexe, ce moment où cette complicité se sent et s’accentue, dans nos souffles chauds, dans nos corps qui se retrouvent et s’enlacent, dans sa main dans mes cheveux et dans mes doigts sur son dos, cette complicité gonfle et nous emporte, jusqu’à ce moment où nous nous endormons dans les bras l’un de l’autre et où le reste du monde a disparu. Le monde n’est plus que nos deux chairs assoupies l’une contre l’autre, et tout le reste devient un songe qui ne nous importe plus, qui ne nous importune plus.
Dans ses bras, j’oublie tout, et je n’ai qu’une envie, répondre « oui » à tout.

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