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57. Complications

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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En nous embrassant nos mains s’étaient trouvées, et nos doigts se livraient à une danse sensuelle, puis nos visages se détachèrent et nous nous regardâmes dans les yeux. Nous étions en train de sourire comme deux enfants, dans ce moment d’innocence qui oublie que le monde existe. Nos mains, elles continuaient de communier avec douceur et agitation.

– Tu… veux venir à la maison ? C’est un peu en bordel, par contre…
Escrivaillon roi de la litote, j’étais en train d’appréhender qu’il accepte, car je revoyais ma chambre jonchée de linge sale, le fauteuil recouvert de t-shirts et chemises à replier, et mon bureau sur lequel s’amassaient pots de yaourts vides, tasses sales et toute une collection d’objets divers et variés…
Brad me ré-embrassa, et me glissa :
– Non, je vais rentrer chez moi, je dois me lever très tôt demain. La suite ce week-end ?
En posant sa question, il avait ramené sa main sur ma joue, et avait caressé ma barbe.
– Oui, ça marche…
Nous avons marché jusqu’à la station de métro, main dans la main. Le quartier de l’Opéra était vide à cette heure. Tellement vide que nous nous sommes embrassés à nouveau dans la lumière des réverbères avant de nous séparer pour rentrer.

 

 

Le jeudi fut calme et entrecoupé de textos pour parler de tout et de rien et organiser notre samedi.
Mais le soir, quand j’eus Amandine au téléphone, elle me posa plusieurs questions qui commencèrent à me faire perdre un peu confiance, même si là n’était pas son but.
– Tu vas en parler à JR ?
– Je vais devoir, je n’ai pas vraiment le choix. J’espère juste qu’il ne réagira pas trop mal.
– Et pour ton blog… Tu en as parlé à Brad ?
– Non, pourquoi ?
– Et bien… (silence)
– Bah vas-y, dis…
– Non, c’est juste que quand tu m’en parles, tu y passes beaucoup de temps, et comme tu parles de lui depuis longtemps, tu as pas peur de sa réaction ?
– Euh… ben…
Je n’avais pas pensé à cela. Effectivement, je consignais tout, et peut-être qu’il se sentirait gêné ou trahi de voir que (même si je n’ai quasiment pas de lecteurs et lectrices) je l’avais ainsi exposé complètement au regard d’autrui. Bien sûr, il y avait la possibilité qu’il le prenne avec humour ou curiosité, et ce n’est pas comme si j’avais marqué de terribles secrets. Mais à l’inverse, aurais-je trouvé confortable que quelqu’un écrivit sur la place publique à mon propos ? Je n’en étais pas sûr.
Je pris sûrement un peu de distance lors de mes textos suivants, car il me demanda si tout allait bien. Au moins il était plutôt à l’écoute. Je lui assurais que j’étais juste occupé à prendre des verres.
Et je m’en voulus de déjà mentir pour des bêtises.
En me couchant, je finis par avoir l’impression d’être assez malhonnête avec JR comme avec Brad, mais je n’étais pas sûr de savoir quel comportement adopter pour essayer depréserver au mieux les choses tel qu’elles étaient. Je n’maginais pas que le lendemain verrait tout voler en éclats de façon brutale.

 

 

J’avais beaucoup réfléchi à la façon dont j’allais parler à JR. Le problème de faire cela à salle de sport, c’était de le décevoir en le mettant devant le fait accompli, sans lui donner le temps d’encaisser la nouvelle, s’il avait en effet des sentiments. Mais atendre après l’entraînement, c’était aussi jouer la comédie pendant une heure avant de me débarrasser de la nouvelle. Comme s’il s’agissait d’un secret, alors que cela n’avait pas à en être un. Je lui avais donc envoyé un message pour lui dire que je n’allais pas m’entrainer, mais pour lui proposer de prendre un café après le déjeuner dans un bar tranquille et pas très loin.
Lorsqu’il s’est assis, je vis qu’il avait l’air préoccupé.
– Qu’est-ce qu’il y a, JR ? Tu as l’air bizarre.
– Ca te dit pas qu’on marche un peu, plutôt que de s’asseoir au café ?
– Non, bien sûr !
Alors nous avons marché en direction du petit parc complètement désert.
– Viens, asseyons-nous sur ce banc. J’ai un truc à te dire…
– Qu’est-ce que tu as ? Je peux faire quelque chose ?
– Je… Voilà, ça fait plusieurs mois qu’on se voit super souvent, on passe vraiment de super bons moments, et j’adore vraiment notre amitié. On se marre et je sais sais que je peux te parler de trucs sérieux, c’est vraiment cool.
La façon de parler annonçait un « mais », et je n’étais pas sûr (ou plutôt je refusais) de voir où il voulait en venir.
– Moi aussi je suis content qu’on soit amis…
– Mais ça ne me convient pas. Je pense de plus en plus à toi et tous les jours j’attends le moment où je vais passer un peu de temps avec toi. J’aime la façon dont tu peux parler de pleins de sujets différents en me donnant envie de m’y intéresser ; tu me donnes envie de découvrir de nouvelles choses, de voyager, et de ne pas juste rester dans ma routine. J’aime t’écouter, et j’ai envie de plus avec toi, je veux plus être juste ton pote de sport.
Il avait pris ma main, et un peu abasourdi, je ne l’avais pas dégagée.
– Ce que je veux dire c’est que je suis amoureux de toi.
Et sur ces mots, il m’embrassa.
Ou plutôt, il tenta.
Quand je sentis ses lèvres se poser sur les miennes, je retirai ma tête d’un mouvement brusque.
Je me relevai d’un bond, et alors qu’il me regardait presque avec peur, ou tristesse, j’essayai de parler mais sans succès. Je bredouillai un rapide :
– Je… dois y aller…
Et je partis à grandes enjambées, complètement désorienté et incapable de réfléchir. Je me sentais mal et nauséeux, conscient d’avoir eu la pire réaction possible.

De retour dans ma chambre, je m’assis en tailleur sur le lit, en écoutant les passages réguliers du métro aérien.
Je n’avais pas été capable de communiquer correctement, et je lui avais fait du mal. J’étais encore une fois un connard.
Et comment lui dire maintenant pour Brad ? Cela ne ferait que remuer le couteau dans la plaie.
Je ne voyais pas comment arranger les choses. Tout était devenu complètement pourri, et je m’en sentais la cause.
Je regardais les volutes de fumée de ma cigarette s’envoler devant les murs blancs. C’était la seule chose qui semblait m’apaiser.
Enfin un « ding » me sortit de ma torpeur.
Brad me demandait ce que j’avais prévu le soir, si je voyais des amis.
Je lui envoyai un petit message pour lui dire j’avais prévu de rester tranquillement à la maison et que j’avais hâte de le voir le lendemain. Il était cette petite lumière qui me permettait de respirer, tout allait bien se passer…
Sa réponse me parvint une minute plus tard.
« C’est qui Brad ? »

Mesdames et Messieurs, quand vous donnez un alias à quelqu’un dans un blog pendant plusieurs mois, sachez qu’à un moment, vous allez l’appeler ainsi à l’oral ou à l’écrit, au lieu de l’appeler par son véritable prénom.
« Hahaha, pardon, tu vas rire. Avant de savoir comment tu t’appelais, je t’avais surnommé « Brad, le mignon du cours de Body Poump » en parlant de toi à des potes. Il n’y a personne d’autre 😉 »
Je me sentais humilié d’écrire cela, tellement j’avais l’impression d’être le mec le plus weird du monde.
« Original, tu me raconteras ça demain. C’est bizarre. lol. »
Autant vous dire que je n’avais même plus envie de le revoir. J’allais avoir le choix entre passer pour quelqu’un d’étrange qui donne des noms aux inconnus et mentir, ou dire la vérité et expliquer qu’en fait j’étais encore bien plus atteint que ce qu’il pensait jusqu’à présent.
Je passai la soirée à broyer du noir (autre que JR) et en oubliai de manger.
Avec de la chance, la nuit me porterait conseil…

  1. Ton blog est complètement anonyme, je ne vois pas pourquoi tu aurais besoin de lui en parler immédiatement (ou même un jour…).
    Et de toute façon, personne ne lit plus de blogs, donc tu es insoupçonnable !

    • Escrivaillon Escrivaillon

      Chépas. Avec cette rhétorique, si l’autre n’a pas de raison de le savoir, tu peux aussi tromper, non ?

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