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59. Dans la pénombre du matin

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Je me réveille face à son visage, endormi et paisible. Je ne sais pas quelle heure il est, mais les volets fermés laissent passer un fin rai de lumière qui a vaincu la complète obscurité, tandis que le son de la rue est suffisamment diffus pour bercer sans ennuyer.

Malgré ces indices de vie, je n’arrive pas à distinguer les livres et objets qui m’entourent. Je reste donc dans ce monde éthéré que la réalité va finir par écorcher et soumettre. D’ici à ce moment, j’en profite pour apprendre les traits de celui qui dort à mon côté, à moitié sur le ventre, un bras protecteur ou possesseur autour de ma taille.

Je suis la courbure de son nez, fait de rondeurs malgré son aspect droit et fin et je deviens un minuscule explorateur gravissant cette montagne pas aussi géométrique qu’elle le paraissait. En bas de cette falaise, son souffle fait bouger avec régularité ses lèvres qui sont une successions de ridules et de douceurs, et je me perds dans une jungle et un enchevêtrement touffu de barbe, indomptable, conquérante, mille fois étetée et pourtant toujours poussant, plus fort, plus vite. Je me retrouve sur ses joues, je me fonds dans sa peau et je me baigne dans ses paupières faites de fleuves sans eau. Il a des petites cernes aussi, cet être qui vient de se tourner pour se mettre sur le flanc, me faisant complètement face à présent, et qui cherche intuitivement de sa jambe les miennes pour la cacher, au chaud. De mon bras libre, j’ai envie de lui carresser les cheveux, sa peau, son épaule, comme pour vérifier que tout est réel. Mais je suis dans un rêve et je crains de tout briser s’il s’éveille.

Alors je ne bouge pas. Je me retiens de faire le moindre mouvement, mais ma respiration me paraît incontrôlable et dantesque. Je me sens si minuscule et à la fois si gênant. Insignifiant et en même temps tellement envahissant. Je ferme les yeux, et j’écoute son souffle chaud me caresser le visage. J’ai peur.

« είσαι γάτα » m’avait dit Simon lors de l’un de nos moments de tendresse. « Tu es un chat ». J’avais ri, je ne comprenais pas pourquoi il me disait cela…

« Tu me repousses parce que tu as peur de tes sentiments pour moi, m’avait dit Eric. Tu es dans la fuite ». Je l’avais laissé dire sans en croire un mot. Je ne fuyais pas. Je ne ressentais rien pour lui.

Et pourtant, au moment où je regarde Brad, si calme, si paisible, j’ai envie de m’en aller, de disparaître… Qu’est-ce que je peux t’apporter, moi qui ne suis pas grand chose ? Tu mérites quelqu’un de mieux, quelqu’un qui en vaut la peine. Je te regarde et je doute. Je ne sais pas qui je suis, je ne sais pas ce que je vaux. Je me sens vulnérable, et je sais que viendra le moment où tu te rendras compte de l’erreur que tu es en train de commettre.

Alors j’ai dégagé ma jambe, et j’ai reposé ton bras, en douceur sur mon oreiller, et je me suis levé. Tu ne t’es pas éveillé, mais moi oui. Tu n’étais qu’un fantasme, un rêve un peu fou, et maintenant que je suis chez toi, je me dit que vraiment je n’apprendrai jamais. Tu étais celui qui me faisait rêver, mais moi, comment pourrai-je être la même chose pour toi ? Je n’ai pas de vrai travail, pas d’objectifs, je me laisse porter par la vie sans savoir où je vais. Je n’ai pas de famille, pas de chez moi, pas de racines. Je le sais bien pourtant que je me sens en marge du bonheur, qu’il m’est inaccessible.

Tu es beau, nu, partiellement recouvert de ce drap qui te donne une silhouette d’Apollon assoupi. Debout dans l’ombre, je me sens intrus.

Doucement je me rhabille, je ne fais que précipiter une issue inéductable.

Je trouve un bout de papier et un stylo.

« Tu dormais si bien, je ne voulais pas te réveiller. Je dois partir. Je t’embrasse. »

J’ai l’impression d’être stupide, mais tout mon corps me pousse à m’échapper. Si la force me vient, je pourrai toujours te dire que j’avais vraiment des choses à faire.

Je crois que… je préfère te laisser plutôt que de te perdre.

Si ça veut dire quelque chose…

  1. Scheick_That Scheick_That

    😔
    C’est triste et objectivement un peu bête.

  2. Anesydora Anesydora

    :'(

    Brad est un grand garçon, il est adulte, il peut décider de lui même ce qui est bien pour lui ou pas.
    Et c’est bien connu, pour rendre quelqu’un heureux, faut le quitter sans rien dire le lendemain matin, après avoir passé un beau moment…
    Bref, je ne juge pas, je suis seulement déçue. J’espère que Brad aura le courage et la patience se s’accrocher, sinon deux hommes seront malheureux.

  3. J’epsère juste que dans l’épisode suivant il raconte qu’a compris juste avant de fermer la porte d’entrée que c’était pas une bonne idée et est revenu subrepticement avec les croissants.

  4. Tu n’es pas génial. Moi non plus.
    Il a fort à parier que c’est le même cas pour Brad.

    #humanafterall

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