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1. Dimanche 6 mars 2016

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Il est midi et je suis dans mon lit. Je transpire de fièvre et je vois bien que Cec est inquiète. Quand Véro et Laure sont arrivées pour déjeuner, c’est avec peine que je me suis traîné comme une bête pour leur dire bonjour, avant de retourner sous ma couette. Dans ma chambre aux volets baissés et aux lampes éteintes, je me laisse mourir.
En réalité, je ne suis pas à l’article du trépas, évidemment. Mais ma gorge est tellement enflée que je ne peux plus rien avaler depuis plusieurs jours, et je suis fébrile et sans énergie.

– Mais… Tu vas faire comment pour ton billet ?
Dans l’entrebaillement de la porte de ma chambre, Cec me regarde, inquiète. 
– Bah… Je m’en fiche un peu… Enfin, je suis sûr que dans quelques heures ça ira mieux… Je vais l’attraper cet avion, j’ai juste besoin d’un peu de repos.

Malgré mon optimisme feint, Cec appelle SOS Médecins et une heure plus tard, j’ai un monsieur complètement blasé qui prend quatre minutes pour m’ausculter. Faites « ah », comme ça, ouvrez la bouche, oh, vous avez une bien vilaine angine (merci Captain Obivous) et je vais prendre votre tension aussi juste pour justifier mon tarif, voilà votre prescription, ça fera 89€. 
Je ne lui en veux pas bien sûr. Ce pauvre bougre enchaîne les visites et les arrêts de travail, et son costume marron délavé doit être couvert de germes. Je me demande s’il a un sas de décontamination, chez lui, pour ne pas déposer e.coli et les autres bactéries partout dans son appartement…

Cec vient de mettre son manteau qui ressemble à un gros ciré jaune. Elle  propose d’aller chercher mes médicaments. Je la trouve géniale, mais ça me gêne. Cependant, je ne suis pas trop en état de lutter, et je dois préparer mes affaires. 
Quand elle revient avec mon amoxicilline et ma prednisone, j’ai l’impression que c’est mon messie qui arrive. Malgré la douche que je viens de prendre, je suis déjà trempé de sueur, et chancelant, je passe la porte d’entrée sous le regard inquiet des filles qui me demandent une dernière fois si tout ira bien. Profite quand même !

C’est une fois dans l’avion que ton absence me frappe réellement pour la première fois. Cinq minutes avant le décollage, l’hôtesse de l’air vient me demander :
– Monsieur Franck M. ne viendra pas ?
– Non.
Ce petit voyage romantique que j’avais prévu pour nous deux… J’avais bien considéré annuler l’hôtel et perdre les billets d’avion, mais au final, si je devais arrêter de vivre après chaque rupture, ma vie serait bien blême…
Le vol 3342 est à peine dans les airs que déjà je m’endors. En fermant les yeux, je me retrouve dans un abysse noir qui engloutit la moindre pensée. 
A 19h30, c’est un autre passager qui me réveille. L’avion est en train de finir son atterrissage et je sens bien que je vais le gêner. Il veut sortir rapidement.
Dehors, par la fenêtre, je ne vois rien de notable. Le ciel semble être tellement nuageux que la lumière du jour est sombre et fade. Je suis encore trempé de sueur malgré tout l’ibuprofène que j’ai pris, et à force de suivre les gens comme un robot je me retrouve sur le parking de l’aéroport sans trop savoir ce que je suis censé faire.
Mon hoodie  (sweat shirt zippé à capuche pour les plus vieux) est tellement mouillé que le vent n’est pas agréable. Mais au moins, il ne fait pas trop froid. Enfin, je ne pense pas.
A force de concentration, j’arrive à prendre une bonne décision. Google me dit de prendre un vaporetto, alors je suis les panneaux pour enfin me retrouver sur le ponton des départs. Mes hésitations me coûtent cher en énergie. Le vaporetto est parti sous mes yeux,, et je dois attendre trente minutes le départ du suivant. 
Si tu avais été là, est-ce que j’aurais été plus organisé ?
Pendant que j’attends, seul, sur le côté, des couples et des familles s’amassent et attendent également pendant que le ciel perd en luminosité jusqu’à devenir sombre et menaçant. Avec tous les nuages, il n’y a pas une étoile qui brille.
Je n’en peux plus d’attendre mais me résigne. Bientôt, je serai dans un lit et je pourrai dormir même trois jours si j’en ai besoin.

Une balade en bateau, en pleine nuit noire, ce n’est pas très agréable. Les gens écarquillent les yeux, essayant de trouver le moindre détail à voir. On a vite l’impression d’être un naufragé, repêché par un petit bateau, à la recherche de la terre ferme, ou baissant la tête en silence une fois que l’on a compris qu’il n’y aurait rien à voir. Il n’y a même pas suffisamment de lumière pour lire. Ou peut-être est-ce juste une impression ?
La traversée des ténèbres semble infinie.
Là où au bout de quinze minutes on garde un air guilleret et affable, je vois sur tous les visages qui m’entourent une apathie lugubre. Nous ferions les mêmes têtes à un enterrement. Et au moins il y aurait un goûter après (je ne vais aux enterrements que s’il y a à boire et à manger, sinon, on s’ennuie vite).

Je dois m’arrêter à la Piazza San Marco, au sud. Mais je n’avais pas prévu que depuis l’aéroport cela prend autant de temps.
Lorsque nous arrivons au premier arrêt au nord de Venise, à Fondamente Nove, cela fais environ une heure que nous glissons avec douleur sur la surface noire, sous un ciel noir. Et comme la saison n’est pas touristique, même en approchant de l’île, les rares lumières blafardes ne font qu’ajouter de la mélancolie à cette traversée.
Je ne tiens plus… Je ne sais pas comment je vais traverser Venise à pied en pleine nuit, sans forfait data international, mais si j’en crois la carte et la vitesse du vaporetto, je ne peux être que gagnant. J’abandonne le Charon qui laisse entrer et sortir les gens, et je quitte le navire, me retrouvant en quelques secondes complètement seul sur cette promenade déserte, à peine éclairée. D’un côté, la lagune qui se perd dans la nuit. De l’autre, des ruelles sombres et une ville inconnue.
Si tu avais été avec moi, Franck, est-ce que j’aurais patienté tranquillement jusqu’au bon arrêt, ta tête sur mon épaule ? Et cette foutue fièvre qui m’empêche d’avoir les idées claires…
Je ne sais pas au juste pourquoi je suis venu….

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