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3. Découverte de la ville

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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La nuit m’avait fait un bien fou, et au réveil, je fus ravi de voir que les médicaments avaient fait leur effet. Ma gorge avait dégonflé, je n’avais plus vraiment de fièvre, et j’étais correctement reposé, même si j’avais l’impression de ne pas avoir suffisamment dormi. En me retournant dans le lit, je parvins à étendre le bras et à récupérer mon téléphone portable. Il était 9h et ma chambre était envahie de lumière.
En me dirigeant, toujours un peu groggy vers la fenêtre, je ne vis qu’un ciel gris, mais je fus soudain pris d’un sentiment de chaleur et de bonheur en baissant les yeux vers « la rue ».

Malgré mes déboires de la veille, la lagune vert émeraude et cette gondole venaient de me confirmer que j’avais bien fait de venir, même seul. 
Dans la salle de bains, cependant, mon programme de la matinée devint une évidence. Mes baskets étaient encore trempées et empestaient de leur immersion dans l’acqua alta. Le shopping était une nécessité \o/.

Je repassai donc par la place San Marco, regardant les terrasses de café encore désertes et me demandant si l’après midi, j’y verrais ces musiciens dont parlait Kazuo Ishiguro, dans l’une de ses nouvelles. Mais je n’avais pas de temps à perdre. Mes chaussures crissaient à chaque pas, à cause de l’eau dont elles étaient imbibées. Je fis magasin après magasin pour trouver une paire confortable et pas hors de prix, mais il n’y avait rien en 45. Nulle part. Je finis donc par trouver mon graal en une paire de Doc marron, parfaite pour le temps maussade qui avait tourné en un crachin continu le temps de ma mission. Je reçus aussi au cours de la matinée un message de Fabrizio qui me donnait rendez-vous à 15h au Rialto.

L’avantage de travailler dans les hôtels, c’est qu’il est facile de sympathiser avec des gens du monde entier. C’est ainsi que j’avais rencontré deux ans auparavant Fabrizio à Amsterdam. Il était en vacances avec son copain, et comme il parlait français, il avait été content de pouvoir me parler et pratiquer, si bien qu’il m’avait friendé sur les réseaux sociaux. Par la suite nous avions échangé à quelques reprises, notamment quand je sortis quelques mois avec un italien. Nous avions passé plusieurs heures à nous plaindre de nos compagnons respectifs, tous deux milanais. 
Fabrizio vivait juste à côté de Venise, et je l’avais informé de ma venue. A 14h30, pour ne pas être en retard, je m’étais mis en route. Mon shopping m’avait conduit dans quelques rues commerçantes, mais je n’avais même pas vu le Rialto encore. C’est donc avec une grande surprise que j’y fus rendu en moins de cinq minutes. J’étais passé plusieurs fois à côté, sans jamais prendre cette rue qui m’y aurait conduit. Probablement à cause de l’afflux énorme de touristes dans cette direction (je n’aime pas les endroits trop touristiques, donc je choisis généralement the road less travelled, comme ça, par instinct (ce qui est particulièrement stupide dans les villes comme Venise, où, avec mon système, on loupe tous les monuments les plus connus)).

Le Rialto n’était pas aussi impressionnant que sur les photos. Déjà il faisait un temps de merde. De plus, il était en rénovation et était complètement bâché. Enfin, ce n’était que touristes vieillissants et marchands de souvenirs cheap et affreusement laids. Dés à coudre en porcelaine, et magnets en plâtre peint en voulais-tu, en voilà… Ce fut presqu’avec soulagement que je vis enfin Fabrizio arriver, content à l’idée de partir de cet endroit si dénaturé. Châtain clair, les yeux bleus, et des lunettes à monture épaisse, mon italien avait un peu de charme, mais il ne me ferait pas oublier Franck.
– Par contre, Escri, ne poste pas de photo de moi sur ton facebook. J’ai dit à mon boulot que j’étais malade pour passer l’après-midi avec toi !

J’écarquillai les yeux de surprise à cette révélation. J’ai souvent fait le guide pour mes amis en vacances, mais jamais je ne m’étais fait porté pâle. Fabrizio m’expliqua qu’il n’aimait pas son travail, donc il s’en foutait un peu. 
J’avais passé la matinée à tenter de réviser nos conversations passées pour être ne pas donner l’impression de n’avaoir rien retenu, mais je n’avais jamais compris quel était son job. Son français n’était pas bon pour le vocabulaire technique, si bien qu’parès son explication, je n’avais toujours rien compris. Il était question de travail en bureau pour une boîte qui faisait vraisamblablement des meubles. Il attendait depuis trois mois une possible promotion qui l’emmènerait, il l’espérait, à Milan. Il en avait soupé de  Trévise, même s’il adorait toujours autant venir passer la journée à Venise. Il me raconta le Carnaval qui avait eu lieu quelques semaines plus tôt, les costumes, les familles les plus célèbres et les différents bals et animation. Autour de moi, les rues s’enflammaient maladroitement de couleurs vives et de capes et de masques au son des détails et histoires qu’il me contait. Il me montra cette ville, perchée sur l’eau, et qu’il m’offrait avec passion. Ici la casa Finta, et là, le Monumento alla Partigiana ou de l’autre côté de l’eau, le Palazzo Dario, aussi nommé la casa maledetta, la maison maudite.

Il m’emmena ensuite à la Glacerie Nico, l’un de ses endroits préférés. 
Oh, ça ne payait pas de mine. C’était à peine plus classe qu’un kebab avec des tables en plastique. Mais Fabrizio me commanda une coupe « Gianduiotto », débordement de glace à la noisette et de crème fouettée. Il reçut mon sourire gourmand comme une récompense, puis son visage devint plus sérieux. Il était curieux.
– Mais du coup, tu n’étais pas censé venir seul. Que s’est-il passé exactement ? Tu ne m’as rien dit…

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