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Jo, Acte 2 – 7 octobre 2018 – 2è partie

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Jo était assis à l’entrée, derrière son ordinateur, et il leva les yeux machinalement vers moi. Il se mit debout, et j’avais envie de lui donner une accolade, après tout ce temps, mais j’hésitai, et il s’approcha pour me faire la bise. Il sourit.
« Trois à Montpellier, c’est bien, tu te souviens ! »
Bonjour. Bonjour, ça va ? Bien et toi ? Bien merci.
La galerie était silencieuse, comme toutes les galeries, et je n’osais pas parler fort.
« L’exposition s’est bien passée ? Tu as eu du monde ? » furent les premiers mots qui me vinrent à l’esprit. J’étais gêné et nerveux. Tandis que Jo me répondait, je retrouvais la douceur de ses yeux, et de ses traits. J’avais envie de caresser son visage et de suivre de ma main le contour de sa barbe de trois jours. Il était toujours aussi adorable et toute ma tendresse pour lui se réveilla. Mais on crevait de chaud dans cette galerie !
Jo m’expliqua qu’il était fatigué après plusieurs mois intenses de travail, il avait hâte de décrocher ses oeuvres et de prendre quelques mois bien mérités. Mais il avait l’air heureux et épanoui, et cela me faisait me sentir tellement bien. J’avais envie de le féliciter, de lui dire à quel point cela me réchauffait le coeur de le voir aller bien. J’étais un bouillonnement de joie. C’est tout ce que j’espérais voir !
– Quels sont tes projets alors, raconte-moi ! Tu vas faire quoi de tes vacances ?
– Déjà, ce soir et demain, je dois tout décrocher…
– Tu as besoin d’un petit coup de main ?
– On sera déjà 6, donc ça va…
– Je m’en doutais un peu, mais bon, je voulais proposer au cas où…
– Après je vais voir un peu ma famille. Pas de voyage, les finances ne me le permettent pas. Sinon, j’ai encore un peu de travail ici, et puis je pense que d’ici un an, je vais partir à Marseille.
– Tu as fait le tour de Montpellier ?
– Oui, il est temps que je voie d’autres choses, que je me confronte à de nouvelles choses
– Tu as bien raison ! C’est important !
– Tu loges dans quel coin, là ?
– Au Peyrou, juste à quelques minutes de marche, et toi ? Tu habites dans quel quartier ?
Il me répondit par un nom que j’oubliai aussitôt entendu, comme tous ces noms de lieux qui ne nous évoquent rien.
– Et tu as laissé pousser tes cheveux ? me demanda-t-il en désignant mon bonnet.
– Oui, mais il sont un peu longs, là, et je n’assume pas, je sais pas comment les arranger, je pense que je vais tout couper rapidement…
Je retirai une nouvelle fois mon bonnet, pour la cinquantième fois de la journée et tentai de mettre un peu d’ordre là-dedans.
– Ah oui quand même ! Non mais ça te va bien… Tu es pas obligé de les couper.
Son compliment semblait sincère.
– Hahaha, oui, je serai pas mal, dans deux-trois mois, avec une queue de cheval.
– Hahaha, oui, ça fera ressortir ton côté sud-américain.
– Voilà, je pourrai sortir ma flûte de pan et mon poncho et me faire de l’argent sur les marchés !
Mon dieu, je racontais vraiment n’importe quoi, je me faisais honte. Parle normalement, parle normalement ! Il souriait cependant avec bienveillance.
– Et tu fais quoi alors maintenant ? Tu es venu de Paris, c’est ça ?
– Non, je me suis réinstallé à Amsterdam il y a quelques mois, et là, j’ai pour projet d’acheter une maison avec un jardin et un enfant à l’extérieur de la ville. 
Jo me regarda un peu confusément. Je n’arrivais pas à donner les informations de façon correcte… Et Géraldine qui n’arrivait toujours pas… J’essayais de lui expliquer succinctement ma nouvelle perspective de travail, et cette maison pour laquelle j’étais prêt à m’engager, pour aider une amie.
– C’est ce qui te convient ?
Cette question me frappa en pleine tête. Je savais que j’avais toujours paru en errance, face à lui, et peu de gens m’avaient posé cette question si pertinente. Je bredouillai.
– Je… Je crois que oui, après quelques années bien compliquées, j’ai envie et besoin de me retirer, de me terrer un peu et de me concentrer sur moi et l’écriture.
Cette réponse me gênait. Oui, j’avais envie de devenir une ombre quelques temps, mais ce n’était pas l’image que je voulais donner de moi à Jo. J’aurais aimé lui montrer que moi aussi, je trouvais ma voie. Mais j’étais clairement toujours en quête de sens. C’est bien pour cela que j’avais quitté Paris. Pour me cacher dans un coin et faire mon cocon… Je continuai mon explication.
– J’ai déjà commencé à me couper du monde, je suis parti à Amsterdam sans rien dire à personne, ou presque. Et ce projet de maison, ce n’était pas du tout prévu, mais j’y ai vu un signe, et tu me connais, je vais là où le courant me porte.
En m’entendant dire ces mots, je me trouvais triste… Jo paraissait tellement plus mature que moi, coquille vide se balançant au rythme des vagues.
Et Géraldine qui n’arrivait pas !
– Mais alors Jo, montre moi ton travail !
– Tout est là, j’ai réuni les projets de ces trois dernières années. Je te laisse regarder… Tu me diras si tu veux des explications sur une oeuvre en particulier.

Je ne savais plus lors si ma présence était bienvenue ou pas. Alors je n’insistai pas pour une visite guidée.
– Bon, et tu as plein de choses à me raconter, sur ton projet en Amérique du sud et tout ce qu’il s’est passé ensuite. Si ça te dit toujours qu’on se voie dans les jours qui viennent…
– Oui, on peut déjeuner ensemble mardi.
– Génial !
A bout de paroles, je lui dis que j’allais donc commencer la visite, et je me mis à regarder les dessins, montages et vidéos. Je reconnus ses tracés si caractéristiques que j’avais déjà pu voir par le passé. Ces traits minuscules et précis qui créaient ombres, lumières, effets de disparition et d’apparitions diverses. Et toujours, partout, ces mains, ces gestes représentés. Mais comme à l’époque, je me retrouvais extérieur à un monde qui ne me laissait pas entrer. Tout comme une personne parlant en langue des signes, je voyais que ces dessins parlaient, exprimaient et criaient, mais je ne comprenais pas, malgré mes efforts. Jo communiquait à travers ses créations dans une langue inconnue de moi.
Je crevais toujours de chaud, et j’attendis d’être dans la deuxième salle pour retirer mon sweat shirt à capuche. J’avais transpiré, et je devais empester.
Et Géraldine qui n’arrivait pas…
Je continuais à observer, reconnaissant les thèmes et motifs qui faisaient écho les uns aux autres. Que n’aurais-je donné pour avoir la traduction de ce que je voyais, mais dès que je pensais déchiffrer un sentiment ou une expérience, tout s’escamotait, imperceptiblement, je me sentais au royaume de l’intangible. Tout ce temps, Jo était concentré sur son ordinateur.

Géraldine enfin arriva. Je restais à un bon mètre d’elle, car j’avais l’impression de ne toujours pas avoir séché. Bon sang qu’il faisait chaud ! Jo avait accueilli une amie à lui et ils discutaient un peu plus loin. Enfin, il revint me parler. Mais je ne savais pas quoi dire. Son sourire me tuait et me donnait envie de le serrer dans mes bras. Finalement, Géraldine sans s’en rendre compte vint à mon secours et commença à le questionner sur la démarche de son projet. La conversation était sympathique. Elle expliquait ce qu’elle m’avait montré et demandait des conseils sur les autres choses que je pourrait voir ou visiter. Et, me faisais-je des films, ou bien se rapprochait-il de moi au fur et à mesure de la conversation. J’avais l’impression qu’imperceptiblement, et sans forcément sans rendre compte, Jo me suivait.  Je profitais de sa discussion avec Géraldine pour l’observer, détaillant son visage, sa silhouette fine et son jean qui paraissait un peu trop grand. Son attitude était calme et concentrée. Il n’était plus ce tout jeune homme de 21 ans. Ces deux ans et demie l’avaient transformé, et il faisait facilement dix ans de plus.
Je sortis prendre un peu l’air quelques minutes, et Géraldine puis Jo me rejoignirent.
Et puis ce fut confus…
J’avais envie de demander à Jo de me présenter deux oeuvres et de me les expliquer, mais son amie vint à sa suite pour lui parler, et au même moment une amie de Géraldine arriva aussi à la galerie. Après 10 minutes à discuter dehors en deux petits groupes séparés, Géraldine m’indiqua que l’on partait pour prendre un verre. Jo était toujours en pleine discussion. Je ne me voyais pas faire le pied de grue pour lui demander sa vision d’artiste, et me résignai à suivre les filles. Je pris une des affiches de l’expo qui étaient en libre disposition et fit la bise à Jo.
– A mardi, alors !
– Oui, à mardi !
Dans la ruelle qui nous éloignait de la galerie, je me retournai une fois, puis deux. Mais Jo était toujours en train de parler, en me tournant le dos.
Pendant l’heure qui suivit, je me demandai si je ne ferais pas mieux de retourner à la galerie pour montrer mon intérêt réel pour son travail. Assis à la terrasse du Saint Roch, nous n’étions qu’à 200 mètres… Mais j’avais peur que ça ne fasse un peu trop Ross qui retourne voir Rachel au Central Perk. Je ne voulais pas de romance.

Alors je fis semblant de m’intéresser aux conversations entre Géraldine et son amie. 
J’aurais au moins notre futur déjeuner pour lui demander plus d’informations sur son travail. Je lui envoyai juste un « ça m’a fait tellement plaisir de te voir ! ».

La réponse ne vint que quelques heures plus tard. Géraldine et moi, assis dans le canapé regardions MILF, une comédie lourdingue en grignottant.
Quand mon téléphone vibra.
Jo m’avait envoyé un message qui me déchira le coeur…

Questions subsidaires :

– Vous aussi vous devenez bavard.e et racontez des trucs sans queue ni tête quand vous êtes nerveux.se ?
– Aurais-je dû retourner à la galerie ?
– Ross méritait-il Rachel ? (non)

  1. Et tu nous laisses comme ça… Et le déjeuner ??? Mais viteuh ! (En vrai, je viens de découvrir tes écrits… et je sens que je vais revenir… Amicalement…)

    • Escrivaillon Escrivaillon

      Merci pour ton commentaire. La suite arrive vite ! 🙂

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