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Jo, Acte 2 – 8 octobre 2018

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Parisien, romantique mais célibataire, fêtard mais casanier, alcoolique mais avec modération, intelligent mais pas tant que ça...
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Ça m’a fait plaisir également mais je t’avoue que je ne sais pas trop ce que tu attends de moi.. Ça m’a fait bizarre quand tu m’as dit que tu venais que pour me voir, surtout que nous nous sommes perdus de vue après pratiquement 3 ans, j’ai continué ma vie. Ça m’a touché que tu viennes voir l’expo, vraiment, mais je ne sais plus trop quoi penser de notre relation aujourd’hui. J’ai un copain en ce moment. Je ne viendrai pas au déjeuner mardi, je suis désolé, je ne me sens pas. Bon séjour et bonne continuation !

Le film n’était pas terminé, alors je restai assis, résigné, attendant la fin pour tenter de réfléchir.
Enfin Géraldine se coucha et sur sa terrasse, dans le silence de la nuit, je cherchai à savoir comment panser cette blessure.
Je n’avais pas eu l’opportunité de lui expliquer ma démarche, il se méprenait. Devais-je lui dire que je voulais seulement savoir si je l’avais fait souffrir ? Que je cherchais à fermer une page en espérant ouvrir un nouveau chapitre d’amitié ? Que le plus important pour moi était son bonheur et que j’étais au contraire heureux qu’il ait continué sa vie et soit en couple. Tous les mots qui volaient et s’écrasaient en phrases dans ma tête ne parvenaient pas à donner quelque chose de structuré et d’utile. Il ne me demandait pas pourquoi j’étais venu. Il ne demandait rien. Il m’informait qu’il n’avait pas besoin de le savoir. Et cette phrase, cette phrase qui me transperçait le coeur :
« je ne sais plus trop quoi penser de notre relation aujourd’hui. »
C’était ça ma plus grande peur, ma hantise. J’en avais gardé un souvenir ému de cette relation, mais s’était-il senti utilisé ? Sali ? Avait-il donc des regrets ? Est-ce que mes souvenirs me trompaient et m’avaient tout ce temps laisser croire que j’avais eu un comportement aussi noble qu’il me semblait ?

Je commençai plusieurs messages, les effaçais tous. Je ne savais quoi répondre alors je décidai de dormir en espérant que la nuit me porterait conseil. Mais cette phrase tournait dans ma tête, et je me couchais enfiévré, j’avais trop chaud, j’avais trop froid. Je ne réussissais pas à dormir. Torturé par ces mots. Je me sentais mal….

Je me réveillai trempé de sueur et épuisé. La nuit ne m’avait pas apporté de solution. Je re-tentais plusieurs messages, sans inspiration. Je me demandais même si je devrai pas lui faire lire ce que j’écrivais, ce blog, pour qu’il comprenne sans équivoque tout ce que j’avais ressenti ces derniers jours. Alors je pris l’ordinateur dans la chambre de Géraldine (elle était partie travailler), tout en espérant qu’elle ne m’en voudrait pas trop d’être rentré dans sa chambre en son absence. Et je commençai à écrire, écrire, toujours plus. Puis quand je n’eus plus rien à écrire, je me détendis. J’avais écrit tellement de messages non envoyés, et tellement de mon ressenti que je me trouvais à présent vide et étrangement apaisé.

Je relus rapidement ce que j’avais écrit. Devais-je lui envoyer par mail ? Je me ravisai. Il ne m’avait rien demandé. Pouvais-je vraiment le forcer à recevoir mes pensées, doutes et questionnements ?
Et pourtant ne rien répondre n’était-il pas admettre que j’avais des attentes ?
Je considérai demander l’avis de quelques ami·e·s. Mais j’entendais déjà la voix d’Amandine. « C’est bête de ne pas tenter alors que tu es en ville quelques jours ! Envoie lui un message ! Essaie de déjeuner avec lui mardi »
Mais je ne voulais pas le convaincre de me voir. J’acceptais sa résolution, même si je ne la comprenais pas…
Tant pis s’il pensait que j’espérais quelque chose…
Je préférais disparaître de sa vie, si tel était son souhait. Sans un mot qui eut pu ressembler à une supplication, à une tentative, à une prière…

Il était 14 heures, et je me forçai à sortir. Je n’allais pas passer ces quelques jours enfermé. Et il était occupé à démonter son expo. Alors, je passai un jean, une chemise, et partis explorer la ville, tout en me disant que j’allais éviter le périmètre de la galerie.

Je descendis la rue Foch et la rue de la Loge, couverte de parapluies roses pour lutter contre le cancer du sein, et me retrouvai à nouveau Place de la Comédie. Je tentais de me laisser distraire par les magasins, mais je n’avais pas la tête à ça. Même ma playlist spéciale bonne humeur ne parvenait pas à me donner la moindre esquisse de sourire.
Je traversai la place, marchant tout droit et passai le Monoprix pour suivre la rue de Verdun.
Soudain mon regard survola une silhouette avec un fin manteau rouge. A quelques pas en face de moi, Jo marchait. Il me vit. Je ne savais pas quelle réaction avoir. Allait-il s’arrêter puisque le destin nous mettait l’un en face de l’autre ?
Je fis un mouvement de tête léger pour le saluer tout en lui signifiant que je n’avais pas l’intention de venir l’embêter. Il continua sa route sans mot dire, l’air légèrement ennuyé (ou est-ce que je me trompais ?).

J’avais la gorge nouée. Cette balade pour penser à autre chose était un échec. Je partis dans la direction opposée en ralentissant le pas. Viendrait-il après moi, se rendant compte que m’éviter de la sorte était étrange ? Mais il n’en fut rien, alors je pris plusieurs petites rues et m’éloignai aussi loin que possible sur l’Esplanade, le long du Corum. Arrivé au bout, je m’assis et fumai, en regardant le ciel nuageux et menaçant. Je me forçai une nouvelle fois à bouger, à utiliser ces jambes traînantes le long de la Promenade du Peyrou, en écoutant Killing Dragons de K’S Choice, sans ressentir la moindre émotion devant l’impressionnant aqueduc Saint-Clément. Je me sentais vide. Sans vie.

Enfin Géraldine m’envoya un message. Elle était au boulot, tout se passait bien. Elle irait au sport et proposait qu’on aille voir le dernier Audiard, à 21h35, au cinéma Diagonal. Ca m’allait. Sans énergie, je rentrai et la pluie commença à tomber, diluvienne. Le ciel était devenu noir et terrible. Assis dans le canapé, je regardais tomber la nuée, en silence. Pensif…
Ainsi, cela devenait une habitude. Jo ne voulait plus me voir. Céline ne répondait plus à mes mails. Edwin n’avait jamais repris contact (mais lui, je l’avais abandonné sur une île à l’autre bout du monde, alors cela m’étonnait beaucoup moins…).

Quand elle rentra, sa première question fut :
« Alors, des news de Jo ? »
J’hésitais à lui mentir, pour ne pas avoir à expliquer. Mais je n’aime pas mentir.
– Oui, en fait, et hier soir, déjà.
Je lui fis lire le message. Elle était surprise.
– Tu as répondu quoi du coup ?
– Rien, je ne sais pas quoi répondre. Il ne demande rien…
– Tu peux lui dire ce que tu m’as dit, que tu n’avais pas d’attentes ! 
Puis voyant mon sourire embarrassé, elle me demanda :
– Ou alors tu n’es pas clair sur tes attentes ?
– Je n’en sais rien. Je n’avais aucune attente romantique même si, évidemment, il y a une petite voix qui en rêverait un peu. Mais c’est vrai que j’aurais aimé comprendre son silence, il y a un peu plus de deux ans. Savoir comment il avait vécue notre relation… Je n’en sais rien, je ne sais plus. Je préfère essayer de ne plus y penser.
– Oui enfin c’est violent comme message, surtout qu’il avait l’air content de te voir hier. Tu n’aurais peut-être pas du lui dire que tu venais surtout pour lui, dis lui que tu venais me voir !
– Ca me gêne de ne pas être honnête.
Géraldine essaya de trouver quelques explications rationnelle. Peut-être que cela lui faisait ressurgir des sentiments passés. Et puis pourquoi préciser « en ce moment » pour parler de son copain ? Peut-être qu’il n’avait pas dit que je venais à son copain et que la situation le gênait. 
Essayant de me donner de la contenance, je conclus :
– Si c’est le cas, le mieux est que je le laisse tranquille. De toute façon on survivra tous ! J’espère juste ne pas l’avoir mis mal à l’aise, et puis j’étais venu voir son travail, donc mon objectif est atteint !
– Bon d’accord, et sinon, tu as passé une bonne journée ?
Je lui racontai comment j’avais croisé Jo en ville en tentant de faire le touriste. Géraldine n’en revenait pas.
– Mais il s’est passé plein de choses en fait ! Et il ne t’a pas parlé, ne s’est pas excusé, rien ?
– Rien.
– Peut-être que dans quelques mois c’est lui qui te contactera pour te dire qu’il est désolé !
– On verra…
J’vais néanmoins vérifié, il ne m’avait pas supprimé de ses amis facebook.
Que penser ?

Dehors, la pluie s’était arrêtée et nous marchâmes sur les pavés glissants.
Nous arrivâmes avec dix minutes d’avance devant le cinéma Diagonal, et nous discutions encore de cette coïncidence de tomber sur Jo, un peu plus tôt.
Aucun de nous deux ne s’attendait à ce qui allait se passer quelques secondes plus tard…

Questions subsidiaires :
– D’après vous, pourquoi ne plus me voir ?
– Aurais-je dû répondre ?
– Vous auriez fait quoi à ma place ? Non mais genre vraiment, ces questions ne sont pas rhétoriques…

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