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Le Laisse-Vitrine

Escrivaillon 0

Depuis quelques jours, je garde le chat d’une amie qui habite dans le Pijp. J’ai redécouvert le plaisir de pouvoir me poser dans un canapé 15 minutes après avoir fini de travailler. Pas besoin de passer 1h30 dans 2 bus, ou de prendre le train bondé avant de me faire 11 km en vélo pour arriver chez moi, dans ma chambre-grenier à laquelle on accède par un escalier sans porte, dans laquelle je n’ai pas d’intimité.

Il était 18 heures ou 19 heures, je n’en suis plus très sûr, quand j’ai décidé de marcher vers le supermarché pour m’acheter de quoi dîner. J’ai longé Sarphatipark, avec ses chiens qui courent et jouent pendant que leurs propriétaires discutent, je suis passé devant les terrasses qui débordent autour du marché Albert Cuyp. Sous le ciel bleu et dans une douceur de fin d’été, des centaines de personnes savouraient leur fin de semaine, en groupes, en couples, amis et collègues, dans une bonne humeur palpable. Et je me suis senti seul…

J’ai bien pensé à appeler des amis pour leur demander ce qu’ils faisaient, mais les vendredis soirs sont complètement prévisibles à Amsterdam. Zane et ses amis seraient à Taboo, un bar gay de Reguliersdwarsstraat pour l’happy hour jusqu’à 20h, puis à Fame, un peu plus loin, où l’happy hour est de 20h à 21h. Mais… je n’aime pas ses amis. À chaque fois, ces derniers temps, je me demande pourquoi je passe du temps avec eux. Ce n’est que coucheries et organisations des prides et des soirées bear auxquelles je ne vais pas, alors je blague pour passer le temps et me montrer social, sans avoir vraiment rien à dire… J’ai pensé à envoyer un message à Bron, mon ancien collègue. Mais s’il n’est pas parti en week end, alors il est avec sa copine et son autre couple d’amis avec qui ils passent tous leurs week end à boire et à s’enfiler des rails de coke. Cela ne me donne pas envie non plus.
Tous les autres potes ont fini par arrêter de me donner de leurs nouvelles car depuis un an, depuis mon retour à Amsterdam, je n’ai plus de vie sociale. Travaillant les week-ends, ou trop fatigué pour me préparer et affronter les transports pour venir, puis pour repartir une fois que je suis complètement alcoolisé.
Alors je regarde les gens heureux et vivants à ces terrasses, en me convaincant de sourire. Parce qu’au fond je suis content pour eux. Je n’ai pas cette amertume qui jalouse les gens qui vont bien.

Au contraire, dans un revirement de situation, je repense à un vieux souvenir, un de ces moments complètement insensés de ma vie qui me rappellent que ma vie n’a jamais été synonyme d’ordinaire et que je suis bien bête de me morfondre alors qu’il ne tient qu’à moi de remettre un peu de magie dans mon quotidien… Alors qu’importe! Je ne veux pas rester seul dans un salon à regarder une série sans y prêter attention, juste pour le bruit. C’est ainsi que vers minuit, je me dirige vers De School, la boîte techno un peu underground d’Amsterdam. Cette boîte qui se prend pour le Berghain, te fait poireauter 1 heure avec ta prévente, et rejette plusieurs personnes devant toi, juste pour faire monter la pression et te faire te sentir exclusif quand tu parviens enfin à passer la physio, la sécurité, le contrôle des billets et son amabilité de porte de prison… Il est presque 1h30 du matin, et le club est quasiment encore vide. 50 personnes dansent, 30 sont éparpillés, aux bars, dans les couloirs, dans les salles avec les montages artistiques ou dans le jardin, en train de cloper.
J’ai du mal à rentrer dans la musique ce soir… Le rythme est agréable, mais l’arrangement est assez désagréable, un peu comme une radio mal réglée avec le brouillage de plusieurs fréquences en même temps… Alors je descends une deuxième bière et puis une autre avant de réussir à me mettre à danser sur l’électro-disco de cette nuit. Autour de moi les gens sourient, les pupilles dilatées et les mouvements pas toujours harmonieux. Mais j’essaie de faire de ce moment le mien, et de ne pas prêter attention aux corps qui m’entourent.
Au final, je n’aime pas trop ce qui passe (première fois que ça m’arrive à De School), mais j’essaie de devenir musique et cela marche plutôt bien ! Jusqu’au moment où deux jeunes allemands me parlent dans le jardin. Ils cherchent un briquet puis décident de me faire la conversation. Ils sont arrivés depuis trois semaines à Amsterdam, pour un échange universitaire d’un semestre. Ils sont gentils, et nous plaisantons. Mais au fur et à mesure je me rends compte que je donne le change sans aucune conviction. Je suis une coquille vide, et ce monde qui m’entoure, plein de vie est une vitrine que je regarde, mais sans même plus de gourmandises ni d’envies… Cette vitrine, je la regarde passer sans plus chercher à y entrer… Je retente une dernière fois, malgré tout de retourner danser, mais cette discussion sans importance m’a relégué à mon rôle de fantôme… Il est 4 heures, ou peut-être 5, je ne suis plus sûr, et je reprends mon vélo pour aller reposer le corps que je traîne dans le lit…

Il faudrait que je trouve un moyen de rallumer cette flamme, en moi, qui s’est éteinte…

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