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La Bonn-aventure – 2

Escrivaillon 0

Le soleil qui innondait d’une couleur chaleureuse la chambre de la mère de mon frère, absente pour le week end, me réveilla. Dehors, les atours des arbres commençaient à jaunir. Et mon frère était toujours aussi lève-tard.
Je me fis un café et contemplai les livres dan la bibliothèque. Il y avait quelque chose de presque rassurant à mes yeux, de voir cet intérieur sans télévision et bercé de lumière.

Enfin du bruit se fit entendre de la seconde chambre. Les yeux collants, mon frère et sa copine, Nicole entrèrent et me firent la bise, avant de sortir du frigo la charcuterie vegan, le pain, et le jus de fruit.
– Tu veux faire quoi aujourd’hui ? me demanda-t-il.
Je répondis que je n’avais pas d’idée. Si j’aimais les musées, mon frère s’y annuyait vite. Il préférait les expériences nouvelles à la lecture de cartels en faisant « hum hum » tout en soulevant un sourcil pour faire intellectuel. Personne n’est parfait…


Alors nous partîmes en vélo le long du Rhin pour le Rheinaue Park, où se tenait une brocante géante.

La journée était douce, et mon frère, comme sa copine, se déplaçaient avec les yeux grand-ouverts, recherchant de quoi assouvir leurs dernières passions :
Mon frère venait de commencer un apprentissage informel chez un artisan faisant de la fonderie d’art, et elle, cherchait des pierres pour faire des bijoux et les vendre sur Etsy. De leur voyage d’un an à bourlinguer, le jeune couple était revenu encore moins emballé par l’idée de travailler « conventionnellement » au vu de leurs niveaux d’étude (mon frère est ingénieur, hein, ce ptit con). Mais qui étais-je pour les juger, sachant que je changeais de carrière comme de chemise, incapable de me fixer. Alors je me mis à chercher avec eux de la vaisselle en argent, pour la faire fondre, et des labradorites pour les percer. Il y avait là cette journée une douceur dans l’air et dans les gens, détendus, bonhommes, qui se promenaient en file indienne au rythme des étals.

Après 2 heures, il fut temps de manger puis de faire un sieste (pour mon frère, cet adolescent éternel toujours épuisé), tou·te·s les trois allongé·e·s dans l’herbe.

Jardin japonais, Rheinaue Park

Après quelques heures de promenade, un curry wurst et une glace, il fut décidé de partir, non sans passer par le petit jardin japonais aux momijis déjà rouges, dans lequel mon frère n’avait pas été depuis près de vingt ans (« ça m’avait paru beaucoup plus grand à l’époque »). Puis une fois de retour à proximité de l’université, nous nous attablâmes devant une pinte de bière à Alter Zoll, un petit biergarten surplomblant le fleuve.

Le vent faisait frissonner les feuilles, le soleil nous caressait toujours langoureusement. Rien ne me laissait imaginer que quelque chose se préparait et allait tout changer.
Cete tempête arriva en leggins noirs et blouson en jean. La démarche assurée, plusieurs têtes se tournèrent vers cette jeune femme qui s’avançait vers la terrasse où nous étions assis.
« Hey, how are you doing ? » lança-t-elle avec un accent fortement italien en arrivant à notre table. La copine de mon frère se leva et lui fit la bise, tout en exprimant sa surprise et sa joie de la voir. Elle nous présenta Giulia qu’elle avait rencontrée quelques soirs plus tôt. Mon frère, surpris de ne pas tout savoir fut un peu inquisiteur :
« Vous vous connaissez comment ? »
« Tu sais, la semaine dernière, je suis sorti prendre un verre avec les gens de mon cours d’Allemand. C’est une amie de Luca. »
« Ah! ok, enchanté ! Et tu habites à Bonn aussi ? »
Giulia répondit en riant que non, elle était juste de passage. Alors nous discutâmes des voyages et de leur importance dans la construction de soi. Mon frère allemand et sa copine hondurienne s’étaient rencontré·e·s à Taiwan, à la fac. J’étais français aux Pays-Bas, et Giulia n’en pouvait plus de l’Italie alors elle cherchait un nouvel endroit qui la ferait vibrer.
Mon frère nous raconta leur année au Mexique et en Amérique Centrale, sous les hochements de tête de sa copine, qui participait en confirmant ainsi les faits.
« On a commencé par le Mexique, en mode touriste, puis on a commencé à trouver des petits boulots chez l’habitant pour éviter de dépenser trop d’argent.
On a passé 3 semaines à garder des enfants à côté de Merida puis quelques semaines dans une ferme un peu plus dans les terres, puis ma mère nous a rejoint à Playa del Carmen pour 1 semaine, avant de descendre tous ensemble à Tegucigalpa, pour rencontrer la famille de Nicole. »
Cette dernière leva les yeux au ciel comme pour louer le ciel de la fin de cette épreuve.
« Ça s’est bien passé, demandai-je? »
« Oui, ma mère est très spéciale, mais tout s’est bien passé ». Nicole m’avait à plusieurs reprises parlé de sa relation parfois tendue avec sa mère.

Je les écoutais me parler des réserves d’oiseaux au Nicaragua, de la violence des vagues du Pacifique et de leurs rencontres dans ces villes au noms connus mais si lointains qu’ils semblaient inaccessibles.
Giulia raconta ensuite son tour d’Europe.Elle avait passé plusieurs mois en Espagne pour faire la saison, puis avait fait le Portugal, le Maroc, puis plusieurs villes françaises. « Mais je ne sais pas si je déteste le plus les Parisiens ou les Milanais ! » me dit-elle, attendant ma réaction. Je fis semblant d’être dramatiquement vexé.
« Et toi ? Tu voyages ? »
Le coude sur la table et son visage posé dans le creux de sa main, ses cheveux noirs desecendaient en cascade le long de son bras. Elle attendait ma réponse.
« Pas assez… Cela fait plus d’un an que je n’ai pas eu de vraies vacances… Mais en janvier je dois me rendre en Tasmanie. J’ai une amie qui se marie là-bas… Alors je ne sais pas encore combien de temps je resterai en Australie. J’ai hâte moi aussi, de me retrouver sur la route… »
Giulia sembla pensive, puis finit par ajouter « Ce sera l’été là-bas, en janvier….mhhh… Après tout pourquoi pas l’Australie… Passe-moi tes coordonnées. On se reverra peut-être là-bas… »